<p>Sandrine Alonnier (DR)</p>
Sandrine Allonier, directrice des études économiques de Meilleurtaux.com, nous parle des principales tendances observées sur le marché du crédit immobilier en ce début d’année.
Quelle est la tendance sur le marché du crédit immobilier en ce début d’année ?
En janvier, nous nous attendions à une assez nette hausse des taux. Finalement, cette évolution n’a pas été si forte que ce que nous avions anticipé, puisqu’il n’y a eu que 41% des banques qui ont décidé d’augmenter leurs taux quand 37% ont décidé de procéder à des baisses de 0.15% en moyenne. Ceci s’explique par le fait que certains établissements ont réalisé qu’ils avaient des taux un peu trop élevés, et ont donc procédé à des réajustements. Ces banques ne veulent pas sortir du marché, et proposent des taux avantageux, tout en appliquant une sélectivité accrue de leurs nouveaux clients, surtout dans un contexte de baisse globale des transactions. En ce début d’année, on sent qu’il y a un attentisme de la part des banques, qui ne savent pas encore quelle stratégie de taux elles vont adopter pour le reste de l’année. En ce début d’année, elles cherchent à se positionner par rapport à la concurrence, et profitent dans le même temps de la relative stabilité des taux de l’OAT. Elles proposent de ce fait des taux relativement peu changés d’un mois sur l’autre : nous étions à 4.25% sur le taux moyen en décembre, nous sommes désormais à 4.31%. L’évolution est donc minime. Si nous allons vers une hausse, celle-ci sera très progressive et ne concernera pas toutes les banques. Un grand réseau national a, par exemple, baissé ses taux de 20 points de base ce mois-ci.
Dans ces baisses et dans ces hausses, y a-t-il une différence marquée entre les établissements spécialisés et les banques de détail ?
Nous observons des différences entre les banques, voire au sein des caisses régionales. Mais nous ne voyons pas vraiment de grandes tendances se dessiner entre les différents types d’établissements. Ceux-ci font parfois des distinctions sur les durées, mais il n’y a pas une politique différente liée à l’appartenance ou pas à un grand réseau. Autrefois, les banques régionales étaient plus offensives et avaient des taux beaucoup plus attractifs. Aujourd’hui ce n’est plus vraiment le cas.
Certains courtiers anticipent une forte hausse des taux en cas de perte du AAA de la France… Est-ce aussi votre cas ?
C’est assez dur de se prononcer là-dessus. Les taux de l’OAT ont été très volatils ces derniers mois, notamment en septembre-octobre. Ils étaient alors montés jusqu’à 4%. Une perte du triple A ne serait pas sans effet sur l’OAT. Après, les banques prennent en compte cette volatilité, mais ce n’est pas pour cela qu’elles remonteront de façon durable leurs taux.
Observez-vous une stabilisation du mouvement de plus forte sélectivité constaté depuis plusieurs mois?
Cette tendance s’est plutôt stabilisée ces derniers temps, car il aurait été difficile d’appliquer une sélectivité encore plus grande. Il y a une grande prudence de la part des banques, dès lors que l’on sort du contexte classique de couple, salarié en CDI. Les indépendants ou artisans par exemple doivent apporter plus de justificatifs. Sur les durées très longues également, comme à 30 ou 25 ans, les banques augmentent davantage leurs taux, ou ne les baissent pas, pour orienter vers des durées plus courtes. Elles sont en outre très prudentes sur l’endettement, et veillent à ce que leurs clients soient sous les 33% d’endettement. C’est pour cela qu’un apport de 20% minimum va vraiment être un atout.
Trouve-t-on toujours des durées longues malgré le fait que certaines banques soient sorties de ce marché-là ?
Oui. Il existe toujours des durées longues. On pense que les établissements spécialisés pourraient par ce biais revenir sur le devant de la scène. Les grands réseaux acceptent encore de faire du 30 ans, mais augmentent les taux sur ces durées-là.
Dans quelles régions trouve-t-on les meilleurs taux aujourd’hui ?
Dans notre classement de janvier des villes les mieux placées en termes de taux, il n’y a pas de changement fondamental : Toulouse et Nantes sont toujours les mieux placées, alors que les villes du sud-est sont, inversement, les moins bien positionnées. Lyon conserve sa place de dernier.
