Pour Alban Lacondemine, président d’Emprunt Direct, certains établissements ont encore procédé à des hausses de taux, qui se concentrent plus particulièrement sur les prêts de longue durée.
Quelle est votre perception sur le marché du crédit immobilier en ce début d’année ?
C’est un marché qui se durcit toujours, avec des hausses de taux concentrées sur les maturités les plus longues. Sur les 25 ans ou 30 ans, les banques sont bien plus en retrait qu’il y a quelques mois. Elles ont notamment assez nettement augmenté leurs taux sur le 25 ans. En outre, comme nous l’avions déjà indiqué il y a quelques mois, le 110% disparait progressivement, et une part d’apport assez conséquente reste un vrai plus pour l’obtention d’un prêt.
Quel va être l’impact de la dégradation du triple A sur le marché du crédit immobilier ?
Honnêtement, il est très difficile de mesurer l’impact ou non à moyen terme d’une dégradation sur le marché du crédit immobilier… Sur les taux de l’OAT, la dégradation avait été intégrée depuis octobre : or on voit bien que, sur le marché de la dette d’Etat, les taux ne bougent pas depuis l’annonce de S&P, et restent pour l’heure ancrés sur les 3%. Il n’y aura pas d’effet global, mais plutôt des effets plus diffus, c’est-à-dire établissement par établissement, via des tensions sur le marché du refinancement. Les banques détenant de la dette d’Etat, les dégradations en série de pays européens, et les perspectives de dégradations affectent indirectement leur politique en matière de distribution de crédit.
Quelles peuvent être ces conséquences indirectes?
Un important établissement spécialisé vient par exemple d’augmenter ses taux de plusieurs dizaines de points de base, du fait notamment d’une raréfaction des ressources et d’une hausse sensible des coûts de refinancement. Or, jusqu’ici, avec la disparition progressive des offres de prêt sur les maturités longues due au retrait de nombreuses banques de ce marché, cet établissement maintenait à lui seul les taux vers le bas sur plusieurs maturités de prêt. Avec la hausse de ses barèmes, les meilleurs taux risquent d’augmenter.
Est-ce que ce mouvement pourrait se généraliser ?
On commence à voir des hausses sur les derniers barèmes des banques de détails, du fait d’une augmentation des coûts de refinancement, que les banques intègrent dans leurs grilles. Celles-ci sont mesurées pour certains réseaux, et plus sensibles pour d’autres.
Pensez-vous, comme un certain nombre de vos confrères, qu’une resolvabilisation des ménages passera obligatoirement par une baisse des prix ?
Je ne vois pas comment il pourrait en être autrement. Les taux sont pour l’heure orientés à la hausse et devraient le rester dans les prochains mois. Dans un contexte de stagnation des revenus, et d’une dégradation du marché de l’emploi, les vendeurs devraient être forcés de faire des concessions sur les prix, même s’il est à noter que les conditions de marché sont très différentes suivant les secteurs géographiques. Un certain attentisme s’est de plus installé avant les présidentielles. Les périodes d’élections sont toujours délicates pour le marché immobilier.

