Le président du Grand Lyon s’est élevé hier contre l’appel d’offres lancé pour l’A45, projet qui pourrait, selon lui, engorger un peu plus l’agglomération. Il menace de "sortir l’artillerie".
Le choix de Nicolas Sarkozy de relancer, dans sa mouture initiale, le projet de l’A45 fait débat. Dans un courrier au président du conseil général de la Loire, Bernard Bonne, le président de la République a en effet annoncé que « l'appel d'offres européen à concession serait lancé sans délai ». Le projet, dont le coût est estimé à 1, 2 milliard d'euros, doit permettre la construction d’une deuxième autoroute entre Lyon et Saint Etienne, qui permettrait de soulager le trafic de l'A47, en proie à l'asphyxie.
En lançant cet appel d’offres, Nicolas Sarkozy n’a toutefois pas suivi la dernière copie élaborée par le préfet de région, qui prévoyait un réaménagement de l’actuelle A47, en réduisant l’A45 à un large contournement de Saint Etienne. Si cet abandon satisfait grandement les élus et acteurs économiques ligériens, le projet est, lui, vu d’un mauvais œil côté lyonnais, où le département du Rhône et le Grand Lyon s’opposent à l’arrivée massive de l’entrée sud de l’agglomération dans les conditions actuelles.
40.000 véhicules de plus dans l’agglomération
« Le Schéma que nous souhaitons concerne l’A45, mais aussi l’A89 : si l’on fait arriver des autoroutes à l’intérieur du tissu routier de l’agglomération lyonnaise, il ne faudra pas s’étonner que l’on ne puisse plus circuler demain à Lyon » a expliqué hier Gérard Collomb, en marge d’une conférence de presse sur le Grand Stade. Adoptant une posture quasi professorale, slides à l’appui, l’édile lyonnais a expliqué dans les grandes lignes les données du problème posé par le schéma : pour l’heure, les deux autoroutes A89 et A45 arrivent toutes deux sur la dorsale nord-sud que constitue les autoroutes A6 et A7,à proximité immédiate de l’agglomération. Du fait de l’arrivée de ces axes ouest-est à l’extrémité du tronçon nord pour l’A89, et à l’extrémité sud de la Rocade pour l’A45, Lyon risque donc l’engorgement. Avec l’arrivée prochaine de l’A89, en construction, 20.000 véhicules en plus devraient arriver par le Nord. Avec l’A45, ce seraient 20.000 véhicules qui pourraient s’ajouter au trafic routier local par le sud, rendant de facto l’engorgement inéluctable.
Collomb remet le COL sur la table
C’est pourtant ce schéma qui est privilégié par le président de la République : l’A45, dans le schéma gouvernemental, arriverait ainsi sur l’actuelle A450, à proximité de Brignais, et terminerait sur le pont de Pierre Bénite, aujourd’hui totalement engorgé. Une solution qui fait bondir Gérard Collomb, qui, lui, plaide pour une solution privilégiant le raccordement de l’A89 à l’A46 au nord, et un raccordement de la future A45 à l’A46 Sud, via la construction d’un nouveau pont. Une sorte de contournement est de Lyon qui aurait permis de remettre sur la table un vieux dossier, celui du COL, éternel serpent de mer lyonnais.
Même la dernière solution proposée par le préfet de région au président de la République en décembre, et qui n’a finalement pas été celle retenue par le président de la République, trouvait grâce à ses yeux. Son schéma consistait en effet en un abandon du COL, un réaménagement de l’A47 entre Lyon et Saint Etienne, et une limitation de l’A45 à sa portion congrue, à l’est de Saint Etienne. Son projet se concentrait à l’est sur le bouclage du grand contournement est de Lyon via le prolongement de l’A432 sur 20 kilomètres jusqu’à Ternay, endroit où aurait pu être raccordé l’A45, via un « Shunt ».
Le maire de Lyon met la pression
Les élus lyonnais ont, semble-t-il, la volonté de faire pression, et ce par deux moyens. D’abord le financement est loin d’être bouclé. Il reste pour l’heure 350 millions d’euros à trouver auprès des collectivités locales. Et ni le Grand Lyon, ni le département du Rhône, ne veulent mettre au pot. « Pour nous, la condition essentielle, c’est qu’on reprenne le COL » a indiqué Gérard Collomb.
L’autre moyen de pression vis-à-vis du projet présidentiel pourrait être plus spectaculaire. « Avant que le préfet ne change son projet, a rappelé l’édile, j’avais dit que j’organiserais une manifestation devant le tunnel de Fourvière. Le préfet avait changé, en proposant un nouveau schéma. Celui-ci vient d’être remis en cause, donc je reprends ma position de départ. Si on veut tout faire débarquer dans l’agglo, on prendra les grands moyens. (…) Nous sommes des gens très gentils et compréhensifs, mais ça nous arrive de sortir l’artillerie ». Reste qu’avant de sortir les gros moyens, Gérard Collomb pourrait toutefois s’entretenir dès aujourd’hui du sujet avec Nicolas Sarkozy, en déplacement à Lyon ce jeudi.
