Après la garantie apportée par l’Etat au Crédit Immobilier de France, bailleurs sociaux et acteurs du financement de l’immobilier s’inquiètent sur la question du financement de l’accession sociale à la propriété.
Le financement de l’accession sociale à la propriété est-il en danger ? C’est la question que se posent nombre d’acteurs du financement immobilier, au lendemain de la garantie apportée par l’Etat au Crédit Immobilier de France. La Banque, qui le seul spécialiste en France sur le créneau de l’accession sociale à la propriété, n’émettra plus de nouveaux prêts, faute de pouvoir se refinancer sur les marchés, ce qui constituait pour l’instant son seul et unique mode de financement.
L’Union Sociale pour l’habitat, qui représente les bailleurs sociaux, a pris acte de la décision de l’Etat, tout en se montrant « attentive à la gestion du devenir de l’ensemble du réseau des sociétés d’accession sociale à la propriété, membres de l’Union sociale pour l’habitat et dont le Crédit Immobilier de France est une composante, et notamment aux missions sociales auxquelles sont dévolus un certain nombre des profits réalisés dans ce réseau ».
Elle souhaite notamment que les fonds propres accumulés par ces sociétés « soient utilisés dans le domaine de l’accession sociale, et plus généralement du logement social ». Elle craint notamment qu’une mise en extinction du CIF ne se traduise par une très forte réduction de l’activité en France de prêts à l’accession sociale.
Les acteurs spécialisés isolés
« A l'heure où les banques demandent à leurs clients des apports personnels que les ménages modestes ne sont pas en mesure de mobiliser, et réduisent la durée de leurs prêts, la situation ainsi créée pose un problème politique et social » s’inquiète l’USH.
Jérome Robin, patron de Vousfinancer.com, va, lui, dans le même sens : « l’annonce de la fin de la distribution de prêts par Le Crédit Immobilier de France est une vraie catastrophe pour le monde de l’immobilier dont le grand public n’a pas encore pris la mesure ». Pour lui, le CIF est un vrai distributeur de prêts à caractère social (PAS), et bon nombre de ses clients sont des foyers à revenus modestes et à endettements élevés. « La clientèle peu fortunée que le CIF soutenait peinera dorénavant à trouver un financement » parie-t-il.
Pour lui, la fin du CIF aura également pour conséquence de restreindre le nombre d’établissements proposant l’obtention d’un prêt sans domiciliation bancaire. « La disparition de cet acteur, isole, de fait, deux autres acteurs : le Crédit Foncier et le GE Money Bank, qui deviennent les seules banques n’exigeant pas une domiciliation bancaire, lors de la mise en place d’un prêt immobilier » a ainsi indiqué Jérome Robin.

Il apparaît clair que les règles d’octroi de crédits vont se durcir compte tenu des ratios imposés aux banques. De fait, une grande partie des primo-accédants ne pourront se porter acquéreurs. Plutôt que de prévoir une baisse du nombre de transactions de l’ordre de 3 à 5% selon la Fnaim, nous pouvons craindre une chute spectaculaire de 20 à 30%… Les prix suivront bien entendus.
Pour revenir au « sauvetage du CIF par l’Etat », notons qu’il s’agit uniquement dans le cas présent d’éviter une défaillance qui aurait créé un vent de panique pour 33 milliards et qui aurait plongé nos amis banquiers dans de beaux draps… Mais tiens donc, n’était-ce pas ce contre quoi se battait le candidat Hollande? Et que dire des 2500 salariés qui vont être laissés sur le carreau par ce gouvernement? Cela justifie-t-il le choix de faire main basse sur la belle rentabilité des en-cours du CIF plutôt que de contraindre la banque postale et sauver le financement social? En tout cas, espérons uniquement que ce qui arrive ici ne sera qu’un cas isolé, mais il n’y a rien de moins sûr…