Alors que le gouvernement envisage de taxer les plus-values sur la résidence principale, certains professionnels voient dans une telle mesure la possibilité de faire baisser la pression sur les prix, quand d'autres pointent les risques d'une immobilisation du marché.
Le débat fait rage chez les professionnels du secteur depuis ce week-end : faut-il ou non taxer les plus-values de la résidence principale ? Christine Lagarde a en effet évoqué vendredi l'idée d'imposer les plus-values sur la résidence principale, qui bénéficiait jusqu’ici d’une exonération. Le produit de la taxe viendrait ainsi compenser l'éventuelle suppression de l'ISF sur la résidence principale. Une réforme à risque, diront certains. Beaucoup estiment même que Nicolas Sarkozy risquerait là de mécontenter son électorat, les classes moyennes - principalement touchées par la mesure - lesquelles ont jusqu'ici plutôt bénéficié des mesures gouvernementales, telles que la déduction des intérêts d'emprunt et le dispositif Scellier.
Buzy-Cazaux pour, Cadeau contre
Or, pour l'heure, ce projet est loin de faire l'unanimité dans les réseaux d'agences. Bernard Cadeau, le président d'Orpi, a ainsi manifesté ce matin son opposition à celui-ci sur BFM Business. « Je pense que ce serait une erreur » pense-t-il. « Je ne suis pas certain qu'aborder la problématique de la résidence principale par le biais d'une taxation fiscale soit le meilleur moyen de développer (le) taux de propriétaire » explique Bernard Cadeau.
D'autres professionnels du secteur, comme Henri Buzy-Cazaux appelaient de leurs voeux à l'instauration d'une telle mesure dans un récent bloc notes. Pour lui, il faut « qu'on taxe la plus-value de cession des résidences principales, à ce jour exonérées, en prenant en compte évidemment la durée de détention, en ménageant un taux progressif et non seulement proportionnel ». L'objectif de la mesure serait en outre de faire baisser les prix en mettant une certaine pression sur le vendeur: « si la fiscalité devient sévère à partir d'un certain niveau de plus-value et pour une durée de détention courte, le vendeur-spéculateur va préférer modérer un peu son prix plutôt que d'en abandonner une forte proportion au fisc … » estimait-il
Construire des logements, la seule réponse au problème des prix?
Faux, répond Bernard Cadeau, qui pense lui que «le seul bon moyen de freiner la pression sur les prix, comme sur n'importe quel autre marché, c'est d'arriver à rééquilibrer l'offre et la demande ». « Nous sommes dans un secteur où il y a un déséquilibre crucial » lance-t-il. Lui estime qu'il faut construire 500.000 logements en France chaque année pour résorber le déficit précise-t-il. Or, « l'année dernière, c'était 340.000 logements, l'année d'avant, c'était 300.000 : on est donc très loin du taux de renouvellement et de rééquilibrage de cette offre ».
Jean Perrin, président de l’Union nationale de la propriété immobilière, semble lui encore plus remonté, fustigeant dans le Journal du Dimanche "une imbécillité", qui viendrait contraindre un peu plus le propriétaire: "si on vend sa résidence principale, c’est pour racheter ailleurs, pas pour aller vivre sous les ponts. Une taxation va paralyser le marché".
La planche de salut viendra sans doute pour le gouvernement des aménagements d'un tel principe. Pour rendre la mesure politiquement acceptable, Bercy va sans doute devoir plancher sur un seuil de taxation, une hypothèse qu'a notamment évoqué Gilles Carrez, le rapporteur du budget à l’Assemblée Nationale. Car sur ce sujet, comme sur l'ensemble de la réforme de la fiscalité, le gouvernement le sait : il marche sur des oeufs.
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