La proposition de François Hollande visant à libérer du foncier disponible pour les collectivités permettrait de plus construire en zones tendues.
Faut-il libérer le foncier de l’Etat ? La question trouve un certain écho à l’occasion de cette campagne présidentielle, suite à la proposition de François Hollande visant à mettre à disposition gratuitement des collectivités locales – ou tout du moins à un prix modéré par rapport à l’estimation des domaines dans les zones tendues - les terrains de l’État disponibles pour leur permettre de construire de nouveaux logements dans un délai de cinq ans.
L’idée serait de permettre aux opérateurs de trouver du foncier disponible pour répondre aux immenses besoins dans ce domaine, tous les promoteurs éprouvant les plus grandes peines à trouver en zone tendue la matière première indispensable à leurs opérations.
Sur l’agglomération lyonnaise, les promoteurs ont, encore récemment, lancé un appel aux collectivités territoriales pour libérer du foncier. Or, côté Grand Lyon, si l’on excepte les ZAC déjà programmées dans les toutes prochaines années, comme la ZAC des Girondins, celles des Maisons Neuves ou la deuxième phase de Confluence, le renouvellement des grandes opérations publiques d’aménagement, de l’aveu même des élus, peine à se réaliser.
En panne de ZAC
Gilles Buna, l’adjoint à l’urbanisme, conscient de la situation, s’est récemment ému de la difficulté pour la collectivité de se porter acquéreur de terrains détenus par l’Etat, en vue de réaliser de telles opérations. Il avait notamment jugé les estimations des domaines, qui permettent de déterminer le prix sur lesquelles sont basées les transactions entre Etat et collectivités locales, trop élevées. La proposition de François Hollande viserait à remédier à cette situation.
Les grands gagnants de cette mesure seraient alors les promoteurs immobiliers, qui trouveraient dès lors - tant dans le secteur du logement que dans l’immobilier d’entreprise - des terrains disponibles pour les opérations futures. Reste à savoir si ce mouvement serait suffisant pour faire baisser les prix dans l’immobilier neuf, alors même que les comptes de l’Etat se trouveraient affectés par cette concession sur le prix estimé.
Un prix "minimum"
Olivier Mitterrand, le président des Nouveaux Constructeurs, le rappelait lors de son récent passage à Lyon : même si le prix des terrains tombait à 0 euro, le seul coût de la construction ne permettrait pas de produire un programme à moins de 2100-2200 euros du mètre carré, du fait d’un amoncellement de réglementations qu’il jugeait « néfaste ». « Dans l’absolu, nous sommes une industrie qui est trop chère » observait-il. On constate aisément que, depuis quelques années, l’offre immobilière dans le neuf a tendance à ne plus répondre aux besoins d’un certain nombre de ménages. La lente dérive de la structuration de l’offre disponible en termes de prix vers les déciles de revenus des ménages les plus élevés est en soi révélatrice.
Certes, libérer du terrain permettrait à l’offre de se développer, mais, dans le même temps, le fait que la seule attention des politiques soit focalisée sur le foncier peut apparaitre simpliste. Déshabiller Pierre (l’Etat) pour habiller Paul (les collectivités locales) ne dispensera pas l’Etat d’une profonde réflexion sur la façon dont il doit accompagner l’industrie immobilière pour permettre aux entreprises du secteur de retrouver le chemin de la compétitivité.
