Pour Jean-Jack Queyranne, la Région s’appuiera sur les Métropoles

Jean-Jack Queyranne, tête de la liste Parti socialiste - Radicaux de gauche aux élections régionales Auvergne Rhône-Alpes et président sortant de la Région Rhône-Alpes, entend poursuivre une action en faveur des TER, trains mais aussi des autocars. Il appuiera le projet de LGV Paris Orléans-Clermont-Lyon comme le projet d’autoroute A 45 Lyon-Saint Etienne, sans que la Région ait à financer ce dernier.

Il est question de proposer un poste de vice-président délégué : le proposerez-vous ?

Je crois que l’union de nos Régions Auvergne-Rhône-Alpes est une chance pour le développement de nos territoires ; il faut la jouer à plein. Cette union a du sens : nos régions ont des atouts communs, la montagne, le tourisme, le thermalisme, mais aussi un tissu industriel fort, le sens de l’innovation, un enseignement supérieur de qualité. Nous ne cliverons pas les Auvergnats contre les Rhônalpins. Il est logique que le premier Vice-président soit auvergnat, mais il n’y aura pas de délégation générale dédiée, ce qui ne correspondrait pas à la loi.

On peut légitimement penser que depuis l’annonce de la réforme territoriale par l’exécutif, vous avez une idée très précise de la manière dont vous allez gérer la réorganisation du fonctionnement de la région, mais aussi l’évolution des moyens humains et de la masse financière. Quelles sont les évolutions budgétaires qui seront soumises au vote pour le budget 2016 ?

Nos deux régions ont été les premières à anticiper. Dès l’annonce de l’union d’Auvergne et de Rhône-Alpes, j’ai tout mis en oeuvre, avec le Président de la Région Auvergne, René Souchon, pour que la réforme se réalise dans les meilleures conditions, au profit de tous les territoires et de tous les habitants. Nous avons rapidement annoncé vingt mesures concrètes, comme une liaison directe entre Lyon et Clermont-Ferrand, le Cancéropôle Lyon Auvergne Rhône-Alpes (CLARA), le rapprochement des clusters et pôles de compétitivité, la mise en commun des locaux de représentation à Bruxelles…

Le rapprochement des administrations est réalisé : un travail d'inventaire et d'analyse comparée des politiques régionales respectives a été effectué ; une décision modificative a été adoptée à la dernière assemblée plénière, anticipant les besoins budgétaires pour 2016 et réservant les crédits nécessaires dans l'attente du budget primitif d’ici le 31 mai. Nous serons prêts le 1er janvier 2016.

Quelle valorisation pour le parc immobilier de la région, et notamment celle visant les deux actuels sièges des Régions Auvergne et Rhône-Alpes ?

Le siège de la Région Rhône-Alpes, utilisé depuis quatre ans, fonctionne à plein. L’administration y travaille dans de bonnes conditions, et l'hémicycle pourra accueillir les 204 élus régionaux pour les assemblées plénières sans nécessité de travaux. Ce siège vit : chaque année, plus de 200 manifestations extérieures y sont accueillies. Quant à celui d’Auvergne, je souhaite une Région proche de tous ses habitants. Il conservera ses fonctions, des directions administratives y seront localisées, et surtout la mise en oeuvre de nos politiques se fera de manière décentralisée : il n’y aura pas concentration sur Lyon. Ce serait absurde pour une Région qui aura la taille de l’Irlande et la population de la Suisse.

Quelles relations comptez-vous entretenir avec les métropoles de Lyon et de Grenoble ? Craignez-vous que la naissance de cette nouvelle entité diminue le poids de la région ?

Une Région forte doit s’appuyer sur des métropoles fortes : la Région a d’ores et déjà reconnu le rôle et la dynamique des deux métropoles de Lyon et de Grenoble : les contrats métropolitains élaborés dans le cadre du CPER 2015-2020 sont l’expression de la solidarité régionale. Nous sommes engagés dans un partenariat équilibré, qui s’appuie sur la répartition et la complémentarité des compétences et qui tire chacune des collectivités vers le haut. Avec les grandes agglomérations, les métropoles constituent la colonne vertébrale de notre Région. Les villes, les campagnes et les territoires ruraux et de montagne en sont la chair. Il revient à notre Région d’assurer un bon équilibre sans négliger aucun de ses territoires : infrastructures numériques, de transport et de mobilité, politiques de formation, maintien des services publics, soutien à l’agriculture et aux petites et moyennes entreprises. Ce sont autant d’enjeux que je porterai sur tous les territoires d’Auvergne et de Rhône-Alpes.

Quelle seraient vos préconisations en matière de TER ? Doivent-ils se limiter aux trains ?

La Région disposera d’une compétence élargie en matière de transports, en reprenant les transports départementaux et en devenant l’autorité organisatrice de l’intermodalité. Je l’ai souhaité et le législateur est allé dans cette perspective. Les trains et les cars ne s’opposent pas, pas plus que l’usage du vélo, le covoiturage, ou le transport à la demande : ils doivent être complémentaires. En Ardèche par exemple, les Cars Rhône-Alpes que nous avons mis en place répondent aux besoins du territoire : 340 000 personnes par an empruntent la ligne Valence - Privas - Aubenas. La réouverture de la rive droite du Rhône à la circulation voyageurs s’inscrira bien dans ce cadre.

La fréquentation des TER a progressé de 50% en 10 ans. Avec l’acquisition de nouveaux matériels, nous avons créé 20 000 places supplémentaires. La quasi-totalité des gares a été rénovée, en intégrant notamment l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite. Le TER restera notre priorité, avec par exemple la rénovation et l’extension de la gare de la Part-Dieu, qui résoudra de nombreux problèmes de ponctualité sur l’ensemble de la Région, la rénovation de la ligne Grenoble-Annecy -le Sillon alpin nord- la réouverture de la ligne Sathonay-Trévoux, celle de la rive droite du Rhône, ou encore la rénovation des petites lignes comme Valence-Die-Veynes.

 Quelle ligne directrice comptez-vous appliquer en matière de transports ?

Au delà des infrastructures et du matériel, nous avons une exigence forte sur l’amélioration de la qualité du service et les informations que les usagers sont en droit d’attendre. La SNCF doit être à la hauteur des investissements de la grande Région Auvergne-Rhône-Alpes.

Nous travaillerons en concertation avec les comités de ligne, qui réunissent élus, SCNF mobilité et SNCF réseaux, pour prendre en compte les besoins des bassins de populations et y répondre. Je suis d’ailleurs heureux de compter sur mes listes Yves Jimbert, dans l’Isère, Président du Comité des usagers de la ligne Grenoble-Valence. Au niveau régional, nous travaillerons à une carte régionale de transport unique, valable sur tous les réseaux urbains.

Enfin, l’Auvergne a droit au TGV. Le Paris-Orléans-Clermont-Lyon jouera un rôle essentiel dans le désengorgement de la vallée du Rhône. Cette ligne est une priorité pour la grande Région, elle doit devenir réalité.

Quelle est la position de votre liste sur l’A45 ?

Ma position est constante depuis 10 ans : je suis favorable à la réalisation de l'A45, mais je considère que la priorité de la Région n’est pas de financer ce type d’infrastructures routières. De plus, l’appel d’offres lancé par l’Etat n’a pas abouti à une proposition satisfaisante. Le futur concessionnaire ne financerait que 40% du projet mais bénéficierait néanmoins d'une durée de concession de 55 ans. Une telle durée de concession devrait permettre à l’exploitant de tendre vers un équilibre financier et donc d'éviter de faire les poches de l’Etat et des collectivités territoriales, qui n'auront aucun retour des recettes issues des péages.

Quelle sont vos orientations en matière de fret ferroviaire ?

Bien que le transport de marchandise ne figure pas parmi les compétences régionales, je souhaite que nous soutenions le développement du fret. Nous le faisons aujourd’hui en entretenant aux côtés de la SNCF les réseaux des infrastructures régionales. Nous le ferons demain grâce à la réalisation de la liaison internationale Lyon-Turin. Notre région est particulièrement touchée par des pics de pollution : la qualité de l’air doit être préservée, dans nos villes comme dans nos vallées, à l’image de la vallée de l’Arve. C’est une question de santé publique : nous mobiliserons tous les moyens dont nous disposons pour faire d’Auvergne-Rhône-Alpes la Région du “bien respirer”, et favoriser le report modal de la route vers le rail en est un axe fort.

 Comment dynamiser l’agriculture et l’élevage en Rhône-Alpes, notamment en zone montagnarde ?

Auvergne-Rhône-Alpes est une grande région agricole, dans laquelle l’élevage tient une place majeure, plus particulièrement en zone de montagne. Nous agirons dans plusieurs domaines : la modernisation des exploitations, pour gagner en compétitivité ; l’installation des jeunes, car une agriculture dynamique s’appuie sur un renouvellement des générations ; la qualité et le développement des filières d’excellence locales et enfin l’évolution des pratiques agricoles pour aider les agriculteurs à faire face au défi environnemental.

Quelle place doit avoir la Région en matière de politique foncière ? Jugez-vous la politique actuelle en la matière adaptée aux situations diverses que peuvent rencontrer les territoires?

Si l’on veut maintenir notre agriculture, il faut savoir préserver les terres agricoles. L’étalement urbain conduit à une diminution des terres agricoles et naturelles ; on estime qu’en France, disparaît tous les dix ans l’équivalent de la surface d’un département. En Rhône-Alpes, nous avons créé un centre d’échanges et de ressources foncières, le CERF, et un réseau pour l’observation du foncier. Nous soutenons les établissements publics fonciers départementaux dans leurs opérations de portage. Ce partenariat nous permet d’intervenir au plus près de la réalité des territoires et de la diversité des situations. Nous avons enfin lancé une politique de requalification des friches urbaines et industrielles, dont l’objectif est de permettre de reconstruire la ville sur la ville plutôt que d’utiliser de nouvelles terres. Demain à l’échelle d’Auvergne-Rhône-Alpes, il sera impératif de préserver les terres agricoles.

Recueilli par Michel Deprost, Sylvain d'Huissel et Jean-Baptiste Jacquet

 






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