Olivier Rivoire, directeur de l’agence immobilière Orpi - Bussat Immobilier située rue de la Charité, nous parle du marché immobilier du deuxième arrondissement de Lyon.
Quelle est la dynamique de marché sur la Presqu’île ? Sur ce secteur traditionnellement très tendu, est-on toujours en pénurie d’offre ?
Effectivement. Tout marché économique est une adéquation entre l’offre et la demande. Lorsque vous dites « marché tendu », je ne peux que souligner et confirmer. Il y a effectivement très peu de biens en vente, et plus d’acheteurs que de vendeurs. Cette inadéquation entre l’offre et la demande est un bon moyen pour faire augmenter les prix ou tout du moins les soutenir pour une durée prolongée dans une courbe haussière.
La demande, elle, reste soutenue ?
La demande est très soutenue en Presqu’île ; on est en cœur de ville. Il y a des secteurs historiques, des secteurs qui correspondent à une demande de CSP++, qui ont des moyens avérés, et qui n’ont pas forcément besoin d’avoir recours au crédit pour pouvoir acheter. Ce sont les populations les plus stables qui sont présentes dans ce secteur. Lyon 2ème est porteur de ces clients susceptibles d’acheter à tout crin des choses de bonne valeur, et ils sont prêts à les payer cher.
La dynamique reste donc identique à celle de l’an dernier ?
Si l’on parle de dynamique en tant que photographie des mouvements généraux des agents économiques, oui. Il y a tous les gens qui recherchent, qui sont nombreux, solvables et qui sont à l’affut, et puis il y a les quelques clients qui vendent. Voilà la dynamique. Aujourd’hui, on est étonné très régulièrement par des niveaux de prix de mise en vente et par les prix de dossiers qui aboutissent. Ce qu’on peut dire également, comme souvent dans ce type de marché très déséquilibré, c’est qu’il y a une vraie prime à la qualité, au site, à la vue. Quand on est sur un quai ou sur une place, les niveaux de prix seront beaucoup plus soutenus que dans des cours ou des rues médiocres. Autre chose sur le marché : on se bat actuellement avec quelques clients qui soulignent leur intention de retirer leur mise en vente du fait de la modification de la fiscalité des plus-values. Ça a causé un certain nombre de dégâts. Il y a des gens qui mettaient en vente, et qui ne mettent plus en vente, ou qui ont mis en vente et qui ont retiré le bien, après un calcul sur la plus-value. Est-ce un tout petit phénomène qui va se diluer par la suite dans la grande eau de la mer? C’est vraisemblable, parce que ceci découle d’un regret. Ce sont des gens qui n’ont pas assez anticipé, et qui se disent que la plus-value va beaucoup leur coûter.
Ceci pourrait donc restreindre un peu plus l’offre…
Oui, c’est l’un des éléments de restriction de l’offre.
Où en sont les prix sur Ainay ?
On va avoir de grandes difficultés à passer sous les 3800 euros du mètre carré. On ira flirter jusqu’aux 5000 euros, avec toute la gamme possible dans les 4000 euros. Les critères de choix seront la qualité de vue, d’immeuble, ou d’étage. On a passé un certain nombre de ventes au-dessus des 4000 euros, et on a vu des dossiers largement au-dessus de 4500 euros et qui partaient.
Sur le reste de la Presqu’île, comme à Bellecour et Cordeliers, sommes-nous sur les mêmes prix. Oui, il n’y a pas de frontière aussi nette que celle que l’on peut lire dans la presse. Il y a des valeurs de centre-ville, d’immobilier qualifié de bourgeois, qui a une certaine qualité de bâtiment, qui privilégie des architectures généreuses du 19ème siècle ou du début 20ème, avec parquet et moulures. Lorsque l’on a ces éléments-là, que l’on soit aux Jacobins, à Charité, à Ainay ou Cordeliers et tout l’axe qui monte jusqu’aux Terreaux, il n’y a pas un différentiel aussi fort qu’on veut bien le croire. La Presqu’île, pour beaucoup de gens, s’arrête vers la Place Carnot, et, au nord, vers la Banque de France. Dans le quartier Perrache, à la Confluence, on est encore entre Rhône et Saône, mais ce n’est pas le même type d’habitat.
Le quartier est en train de se régénérer vers la partie Sud. Cela aura t-il un impact sur la partie nord, vers Sainte Blandine et Charlemagne?
Non. Sur le sud de la Presqu’île, ce sont surtout de jeunes habitants qui vont arriver. Ce sont deux types de clientèles différentes.
A Charlemagne, nous sommes sur des prix bien moindres que ceux appliqués en Presqu’île ?
Oui, c’est un drôle de marché finalement… Dans ce quartier coupé par les voutes, un certain nombre de verrous ont sauté : les prisons sont parties, des aménagements urbains, comme l’arrivée du tramway, ont facilité les communications. C’est un quartier qui est entre deux pôles, la Confluence au sud, et la partie traditionnelle de la Presqu’île au nord. Est-ce qu’il y a un regain d’intérêt ? Peut-être. Ce n’est plus considéré comme une fin de terre, mais plutôt comme une zone intermédiaire entre la Presqu’île et la Confluence.
