Jérome Robin, président du courtier en crédit immobilier Vousfinancer.com, constate plus de sélectivité de la part des établissements bancaires. Quelle est la tendance actuelle sur le marché du crédit immobilier ?
Sur le début du mois de janvier, les variations de taux ne sont pas spectaculaires. Globalement, il y a des petites variations entre 0.05% et 0.10%. Ce ne sont en revanche pas toutes les banques qui ont relevé leurs grilles sur janvier. Il y a des exceptions. Par contre, ce qu’on observe et qui est moins visible, ce sont les conditions de taux. Nous avons vraiment besoin, en tant que courtier, de présenter un profil de risque a minima pour l’établissement bancaire.
Ce qui veut dire que les banques écartent les profils les plus risqués…
Les banques redoublent de vigilance. Sauf si l’emprunteur dispose après emprunt d’un taux d’endettement de 15%, elles sont plus vigilantes sur chaque dossier, et pas seulement sur ceux qui sont traditionnellement plus difficiles à financer. Car même un cadre peut être touché par un licenciement.
Le contexte n’est-il pas, de facto, plus propice aux courtiers ?
Dans ces conditions de marché assez difficiles, notre fonction en est renforcée. On essayera de valoriser le dossier du client, en jouant sur l’aspect qualitatif du dossier. Pour nous, ça devient une vraie nécessité que le dossier soit bien ficelé, avec un maximum de renseignements, d’annotations, pour avoir un maximum de chances que le dossier soit accepté par la banque. Nous avions déjà adopté cette façon de travailler bien avant la crise, mais c’est devenu maintenant un critère pour les banques.
Pensez-vous qu’une perte du AAA aurait un impact à la hausse sur les taux de crédit immobilier ?
La perte du AAA est probablement déjà intégrée. Maintenant, si celle-ci devenait effective, ceci se traduira sans doute par une augmentation des taux. A chaque fois que les banques peuvent répercuter une hausse, elles le font.
Vous voulez dire que ceci pourrait servir de prétexte ?
On ne peut pas vraiment parler de prétexte. Même si les taux ont augmenté, les taux longs comme les taux courts restent très bas. Pour retrouver du pouvoir d’achat, il faudrait que les prix baissent. Idéalement, il faudrait ainsi un repli de 7 à 10% des prix de l’immobilier pour resolvabiliser les emprunteurs. Après, si l’acheteur parvient à négocier les prix de façon importante, je dirais que c’est à nous de faire notre travail. Il a en quelque sorte recréé de la valeur, et c’est ensuite à nous de négocier au mieux dans l’intérêt de notre client.
NDLR: l'interview a été effectuée en fin de semaine, avant la perte du AAA français.

