TRIBUNE - Richard Llung, adjoint au développement urbain de Villeurbanne, s'insurge contre l'augmentation de la surface constructible pour un même terrain.
Le président de la République a annoncé l'augmentation de 30% de la surface constructible pour un même terrain pendant trois ans et la "mise à disposition" des terrains de l'Etat pour favoriser la construction de logements.
A VILLEURBANNE, LE LOGEMENT C'EST MAINTENANT
En agissant à la hussarde, Nicolas Sarkozy lâche la bride à la spéculation foncière. Augmenter la constructibilité d'un terrain, c'est faire monter son prix : les 30 % de futurs logements supplémentaires seront des logements chers. Avec un coût du logement neuf à Villeurbanne de 3 900 euros /m2, l'accès à la propriété est devenu une chimère pour de nombreuses familles et l'accès à la location est difficile. Quel est l'intérêt de construire des logements que les ménages ne peuvent pas ou difficilement acheter ou louer ? 81 % des habitants de Villeurbanne ou du Grand Lyon pourraient prétendre au logement locatif social ! Cette mesure présidentielle sera une aubaine pour de riches propriétaires fonciers et les constructeurs, mais une mauvaise affaire pour les ménages modestes et pour le logement social. Et lorsqu’il s’agit de ses terrains, l’État se comporte comme un acteur privé soucieux de valoriser au maximum son bien ! Il ne contribue en rien à favoriser le logement social contrairement aux affirmations de monsieur Apparu. A Villeurbanne, nous en avons l’illustration avec le projet de Terrain du Rectorat.
La mobilisation pour le logement à Villeurbanne est totale. Lorsque une décision d'urbanisme augmente la constructibilité — donc la valeur — d'un terrain, la ville négocie pour que la moitié de la plus-value favorise l’accès à la propriété des ménages modestes, par exemple en demandant qu’une part significative des nouveaux logements aient un coût inférieur à 2 700 euros du m2. Il en sera de même si l'augmentation annoncée de 30% de la constructibilité voit le jour.
De plus, Villeurbanne et le Grand Lyon soutiennent fermement les opérateurs du logement social notamment en garantissant leurs emprunts. La garantie apportée par la ville est actuellement de 41,6 millions d’euros et celle du Grand Lyon de 277 millions d’euros. Cette aide indispensable permet la construction et la rénovation de 3 848 logements à Villeurbanne. La ville a aussi fixé un minimum de 25% de logements sociaux, c’est-à-dire 5% de plus que ce que demande la loi. L’action pour le logement ne s’improvise pas à trois mois d’un scrutin électoral.
Et comment accueillir dans de bonnes conditions et aussi rapidement de nouveaux habitants ? Vivre plus nombreux, cela suppose de rendre l'espace public plus vaste, d’exiger la qualité pour les constructions et de prévoir de nouveaux équipements publics. C'est un travail patient qui ne s'accorde pas avec des mesures brutales et précipitées du président de la République.
