La skyline de Lyon, un avant-goût des Alpes ?

Le président du Grand Lyon, Gérard Collomb, a présenté jeudi 9 février la stratégie tertiaire de la Part Dieu, en compagnie de François Decoster, du cabinet AUC. Il a notamment présenté le concept d’une ligne d’horizon des  tours suivant la chaine des Alpes.

C’est devant une vingtaine de journalistes de la presse nationale et régionale que Gérard Collomb a, jeudi dernier, évoqué la stratégie tertiaire du Grand Lyon, au travers de deux de ses quartiers vitrine, la Confluence et Part Dieu. Après avoir présenté le matin la stratégie tertiaire de l’agglomération et de la Confluence, le maire de Lyon et président du Grand Lyon s’est attaché, en cours d’après-midi, via une visite en bus, à montrer la transformation de Lyon au travers de l’exemple de son principal quartier d’affaires, la Part Dieu.

La visite débutait devant le chantier de la tour Incity, dont la construction commencera dans quelques mois, en lieu et place de la tour UAP, actuellement en démolition. Et au moment de passer devant l’édifice jusqu’ici attaché aux Halles Paul Bocuse, le maire de Lyon a tenu à expliquer à sa manière le choix de démolition « par effritement » de l’édifice. « Nous n’avons pas pu faire exploser la tour, la gastronomie lyonnaise en aurait considérablement souffert » lance alors, avec malice, l’édile.

L’opération entourant cette tour est emblématique : la tour UAP fut, au début des années 70, l’un des points culminants de Lyon. Désormais, elle s’effrite lentement, semaine après semaine, au moyen d’un processus technique de déconstruction quasi invisible, caché derrière une coiffe métallique surplombant la structure. Dans un peu moins de 3 ans, devrait à sa place s’élever la Tour Incity, qui dominera à 200 mètres de hauteur, le ciel lyonnais.

Des cinémas et des bars surplombant Lyon

Un peu plus loin, toujours en mode « animateur de car », Gérard Collomb évoque les autres projets du quartier. D’abord celui autour de la tour Suisse, laquelle devrait être profondément remaniée. « Notre projet est d’enrober cette tour, et d’en construire une autre autour », explique Gérard Collomb. « Notre problème est de relier les Brotteaux au quartier de la Part-Dieu. Le pied de la tour est construit aujourd’hui dans une fosse. Notre idée est de revenir au niveau du sol » indique l’édile, qui enchaine ensuite sur le projet de place publique suspendu au-dessus du centre commercial. «Nous voulons développer une place de la grandeur de Bellecour, qui sera une place publique au-dessus de Lyon, avec vue sur Fourvière et la Presqu’ile ». Avec bars, restaurants et même cinémas.

Gérard Collomb expose ensuite les changements à venir sur le quartier : construction d’un cluster d’Hôtels de 90.000 m2 sur l’hôtel Athéna, l’ouverture du centre commercial sur le sud-est, et réaménagement de la rue Garibaldi… Le problème du réaménagement de ce grand axe nord-sud de Lyon est, au niveau de la Part-Dieu, celui de sa liaison avec la future place située sur le centre commercial. Cette jonction se ferait peut-être « par la construction d’un immeuble nouveau », au niveau du centre commercial, glisse Gérard Collomb.

Des tours devant les Alpes

Arrivé à la mission Part-Dieu, rue Garibaldi, il est temps pour le président du Grand Lyon d’évoquer la stratégie globale du quartier, et le projet de « Skyline » lyonnaise, en compagnie de François Decoster, de l’agence AUC. Pour ce dernier, la problématique est d’arriver à maîtriser, d’un point de vue urbanistique, la montée en charge future des transits en tous genres, tout en essayant de régénérer le quartier sur la base de ce qui existe, en densifiant, mais aussi en rendant accessible les espaces publics pour tous les usagers, par le principe de « sols faciles ». « C’est une autre manière de penser l’espace public qui est plus par rapport aux usages que les gens vont en avoir au quotidien que dans une composition urbaine classique que l’on pourrait avoir dans d’autres quartiers» explique François Decoster. L’une des conditions de réussite d’un quartier orienté à la verticale comme la Part-Dieu, doit également passer par l’horizontale et les sols. Pas question donc d’avoir comme à la Défense des pieds de tours aveugles sur une dalle. La notion de « socles actifs » s’impose dès lors : les pieds de tour accueillant des commerces devront être vivants, animés, et accueillir des commerces et une offre de services attractive pour l’économie.

Cette notion de « sols faciles » passe également par la redéfinition des grands axes traversant le quartier du nord au sud et de l’est à l’ouest. Comme l’accès au quartier des Brotteaux, que l’on appréhendait jusqu’ici difficilement de la Part Dieu, et qui devrait être simplifié. Ou encore le prolongement de la rue du Docteur Bouchut, laquelle arrivait de l’ouest et débouchait jusqu’ici sur l’entrée sud du centre commercial, butant sur les terrains de France Télévisions. La collectivité va donc percer une rue sur les terrains attenants à France Télévisions pour redonner une certaine continuité à cet axe, qui débouchera à terme sur la gare de la Part Dieu.

Une skyline devant les Alpes

Arrive enfin le moment d’évoquer le projet sans doute le plus ambitieux et atypique de l’agglomération, à savoir la skyline, pour laquelle le Grand Lyon souhaite insuffler une cohérence globale. « Lorsque l’on a commencé à travailler, j’avais dit qu’il fallait densifier le quartier et faire des tours. L’équipe d’AUC m’a alors dit qu’il ne fallait pas que ce soient des tours comme partout ailleurs dans le monde, et qu’il y ait un caractère spécifique » indique Gérard Collomb. « Or ce qui est spécifique à Lyon, c’est que lorsqu’il y a du beau temps, nous voyons la chaine des Alpes. Nous allons donc dessiner le Skyline de Lyon par rapport à la chaine des Alpes. Évidemment, ça, ce n’est ni Singapour, ni New York, c’est Lyon» explique le président de l’agglomération.

« L’intérêt de travailler en regroupant des points de hauteur sur certains secteurs, c’est que l’on obtient des lieux très animés et très denses aux points de jonction du quartier avec d’autres parties de la ville. On va recréer à des endroits où il y a pas mal de vide des sortes de centralités, qui vont aider à franchir la coupure des rails » explique François Decoster (notre photo ci-dessus). Cette skyline se limitera toutefois à la Part-Dieu: les tours n’iront donc pas de la Doua au Moulin à Vent…

Sur la place Béraudier jouxtant la gare, le Grand Lyon souhaite ainsi travailler sur le secteur du cluster d’Hôtel, qui viendrait remplacer l’offre actuelle, vieillissante, avec, là encore, des immeubles offrant plus de hauteur par rapport aux immeubles actuels. Sur la place de Milan, qui abrite bureaux et logements, les immeubles vieillissants pourraient également, dans quelques années, être renouvelés. Une offre de bureaux et de logements un peu spécifiques donnant sur Lyon pourrait alors voir le jour. Au nord de la Place, trônerait la tour Swiss Life, et, imbriquée dans celle-ci, une autre tour, la tour Eva, pourrait être amenée à devenir dans un futur encore lointain le point culminant du ciel lyonnais, répondant à la tour Incity.

Parmi les autres projets d’IGH (immeubles de grande hauteur), l’un des autres projets évoqués concerne l’immeuble EDF, au sud du centre commercial. Ce dernier a fait l’objet d’une réflexion dès 2008, et fera l’objet d’une réhabilitation, en associant le bâtiment « relifté » à une tour neuve et de plus grande hauteur. L’utilisateur actuel–EDF- ayant décidé de migrer vers le Vélum, l’investisseur a donc décidé de transformer l’immeuble, en y associant une nouvelle tour, notamment pour améliorer le rendement de la première tour, jusqu’ici insatisfaisant. A côté de cette « Twin tower à la lyonnaise », sera construit un bâtiment de 12.000 m2, le Silex 1, indépendant du projet de tours.

Un parcours culturel

Une des autres problématiques soulevée par la mutation du quartier est celle du parcours culturel, aujourd’hui peu lisible. Ici, l’idée n’est pas de créer, mais plutôt de relier entre eux de manière plus cohérente les différents équipements hérités notamment de l’ère Delfante-Pradel, comme l’Auditorium, ou la Bibliothèque, avec les autres équipements, comme les Halles de Lyon, ou encore un autre équipement qui pourrait se positionner sur la place de Francfort, de l’autre côté de la Gare. L’objectif est « d’ouvrir et relier ces équipements qui se tournent le dos aujourd’hui les uns par rapport aux autres, et de les mettre en chaine dans un parcours culturel » explique François Decoster.

A partir de la tour crayon, centre historique du quartier, des points de développement s’organisent autour, note François Decoster, « pour créer ce que l’on a appelé le cœur Part Dieu, c’est-à-dire un énorme espace public autour duquel s’organisent ces points plus hauts de densité, qui peuvent de manière plus forte pouvoir rayonner à l’échelle du quartier et de l’arrondissement mais aussi à l’échelle de l’agglomération ». « L’un des enjeux, c’est de savoir comment arriver à développer la Part-Dieu vers l’est, et que ce quartier ne soit pas uniquement tourné vers le centre de Lyon, mais aussi vers Villeurbanne et les quartiers de l’est lyonnais » souligne-t-il.

Ouverture vers Garibaldi

Reste à connaitre la place du centre commercial au milieu de ce vaste projet visant à transformer la Part Dieu. Hormis la place publique suspendue à 15 mètres du sol, les abords du centre seront réaménagés, notamment à travers une nouvelle ouverture. Pour les piétons, une nouvelle galerie au niveau du sol sur la rue Servient permettrait aux piétons d’aller de la rue Garibaldi à la Gare sans passer, comme c’est trop souvent le cas aujourd’hui, par l’intérieur du Centre.

Le Sud Part Dieu, où sont présents les bureaux de France Télévisions et le siège du Grand Lyon, devrait aussi faire l’objet de réaménagements, et pas seulement au niveau du projet Silex et de la rue du docteur Bouchut, comme évoqué plus haut. Plus riches en parcs et en résidences (comme les résidences du Lac et la résidence Desaix), ce secteur pourrait permettre le développement d’habitats dans ce quartier. Le quartier de Labuire, à l’extrémité méridionale du secteur, a déjà posé les jalons d’un nouveau quartier où sont présents bureaux (en photo l’immeuble Be) , résidences, et activités. Car la sauvegarde d’une certaine mixité fonctionnelle, alliant commerces, loisirs, transports, et habitat, est sans conteste l’une des clefs de la réussite de la transformation de ce quartier, promis dans la prochaine décennie à une mue sans précédent.

 






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Commentaires

Très beau projet pour que Lyon vive une autre Renaissance ! Mais j’espère que ça ira assez vite.

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