« La courbe des expulsions suit la courbe des prix »

C’est aujourd’hui, le 15 mars, que prend fin la trêve hivernale, période de quatre mois au cours de laquelle les expulsions locatives sont interdites. Entretien avec Marc Uhry, délégué régional de la Fondation Abbé Pierre.

Peut-on estimer le nombre d'expulsions locatives sur le Grand Lyon ?

Nous disposons du nombre de résiliations de baux suite à une décision de justice d’expulsion. Il y en a, à peu près, 3000 par an sur Lyon. Ensuite, ceci se traduit à 80% par un commandement de quitter les lieux. Depuis quelques temps, la police a modifié ses pratiques. Elle informe les gens qu’ils vont être expulsés de façon imminente, mais ils ne sont plus informés du moment où ils vont intervenir. Donc les gens s’en vont, et il y a donc très peu de concours de la force publique. On doit donc être sur un chiffre de 2500 expulsions de locataires. En revanche, ce sur quoi nous avons peu de chiffres, ce sont les accédant à la propriété qui ne peuvent pas faire face aux remboursements de leurs emprunts immobiliers.

Ce n'est pas quantifiable ?

Il n’y pas de chiffres. Pas, en tout cas, que la fondation Abbé Pierre ait obtenu. Les délais d’instructions des audiences pour les saisies immobilières ont doublé en un an, nous disent les avocats, sous l’effet de l’accumulation des dossiers.

Tout ceci est lié à l’évolution des prix du logement, tant du côté de la location que du côté de l’accession ?

Il y a toujours un soupçon qui pèse sur les personnes expulsées : ne seraient-elles pas responsables de leur situation, liée à de l’immoralité ou de la négligence ? Ce que l’on constate, c’est que la courbe des expulsions suit la courbe des prix. On se doute bien que ce n’est donc pas l’immoralité, mais plutôt l’incapacité de paiement qui suit la courbe des prix. Le vrai phénomène explicatif d’augmentation du nombre d’expulsions, c’est l’évolution des prix, mais aussi des orientations de politiques publiques. Car lorsqu’on cherche à rendre des ménages de plus en plus modestes propriétaires de logements de plus en plus chers, il y a forcément un moment où les courbes se croisent, entre le niveau des prix et les capacités de paiement des ménages.

Comment sensibilisez-vous les candidats à la présidentielle sur la question du mal-logement ?

On a demandé plusieurs choses. D’une part, d’avoir une politique des prix en France, avoir une politique volontaire pour que le marché et le stock proposent des prix compatibles avec les revenus des ménages. Nous ne nous en sortirons toutefois pas avec la seule production neuve, qui représente 1% à 2% des logements existants. Même si on ne produisait que du logement social, nous n’arriverions pas à répondre au décalage entre les moyens des ménages et les prix proposés. Il faut retrouver une politique volontaire sur le long terme, en jouant sur la fiscalité, les contraintes d’urbanisme, et en encourageant des politiques d’incitation et d’aménagement urbain. Il faut donc retrouver une dimension politique des prix et une politique d’aménagement du territoire. Nous suggérons aussi de prendre un moratoire sur les expulsions locatives, en indemnisant le cas échéant les propriétaires le temps qu’il faut, et en interdisant les expulsions locatives. Du fait de la pression sur le logement social, on se retrouve avec des situations dramatiques, et surtout massives : il se produit chaque année 50.000 expulsions locatives. C’est non seulement désorganisant pour la famille, mais aussi pour l’ensemble du système. La multiplication des saisies immobilières au même moment, c’est exactement ce qui s’est produit aux Etats-Unis, avec la crise des subprimes.

Pour vous, la politique de construction n’est donc pas la seule façon de répondre au problème du mal-logement ?

Il manque 800.000 à 900.000 logements en France, selon les estimations des économistes compétents. Il faut construire ces 800.000 à 900.000 logements manquants. Il faut les construire en plus des besoins à venir. Il y a donc un besoin important de mettre un énorme coup de collier sur la production de logement. Ça, c’est une évidence. Mais comme la production de logements ne peut représenter que 1, 2 ou 3% du stock, il faut également arriver à intervenir sur ce dernier. Pour inciter à construire, il faut surfiscaliser le rendement locatif sur l’existant, et à l’inverse exonérer sur l’engagement longue période, et corriger le rapport qualité prix entre le logement et les prix proposés.

Les associations d’aides aux mal-logés doivent être, avec la fin de cette trêve hivernale, particulièrement sollicitées?

On a en même temps la fin du plan froid, avec 400 personnes qui sont mises à la rue, la reprise des expulsions locatives, et les problèmes habituels des personnes qui sont en souffrance psychique à l’hôpital, des jeunes en contrats ou autoentrepreneurs qui ont besoin d'un logement, et bien d’autres.... Sur Lyon, il y a 60.000 logements en attente pour 12.000 attributions annuelles. Si on additionne à cela 2500 ménages en expulsions locatives, les personnes victimes de saisies immobilières à reloger, plus la fin du plan froid, on rajoute de la demande sur des solutions précaires déjà totalement saturées.






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Commentaires

Voici une pétition pour tous ceux qui, comme moi, ont honte de ces expulsions.
Tout le monde a droit à un logement !

http://www.mesopinions.com/Droit-d-asile–droit-au-logement-petition-petitions-51b4957e47e23e97131fc67ac6c2b8f4.html

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