CIF : le gouverneur de la Banque de France auditionné

Christian Noyer a indiqué devant la commission des Finances de l'Assemblée nationale que des banques pourraient être intéressées pour reprendre certaines activités du Crédit immobilier de France.

Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France était auditionné hier par la commission des Finances de l'Assemblée nationale. Il a, entre autres sujets, livré son analyse de la chute du Crédit Immobilier de France, intervenue il y a un mois et demi. « Le modèle économique historiquement a fonctionné parce que l’accès au marché de ce financement de l’immobilier était facile dans le monde entier. Il y avait une base d’investisseurs, internationaux en particulier, qui recherchaient des titres hypothécaires de bonne qualité (…) parce que le marché du financement hypothécaire avait une bonne réputation. Le refinancement du CIF ne posait pas de problème » a affirmé Christian Noyer.

« Les circonstances ont changé »

Mais le gouverneur de la Banque de France a par la suite expliqué que la crise de 2008 avait accéléré la chute du CIF. « Aujourd’hui, les circonstances ont changé. Les marchés sont regardés avec beaucoup plus de circonspection par les investisseurs institutionnels français, européens, et internationaux, parce que nous avons la crise des subprimes et un certain nombre d’effondrement de marchés immobilier, en Espagne, en Irlande, en Angleterre, et dans un certain nombre de pays, et donc les gens sont beaucoup plus prudents. Par ailleurs, instruits par l’expérience des suites de Lehman Brothers, (…) les investisseurs sont beaucoup plus circonspects  et les agences de notation aussi - sur la capacité des banques à résister ou pas à un choc de liquidités ou à une fermeture soudaine des marchés - donc en anticipant l’incapacité à résister à un choc, ils peuvent provoquer ce choc, c’est souvent ce qui arrive. Et bien sûr, les évolutions réglementaires, les nouveaux ratios, ceux qui sont mis en place en termes de liquidités changent beaucoup le contexte » a noté Christian Noyer.

Des difficultés avant 2008

Le gouverneur a notamment expliqué que l’établissement la nécessité d’un adossement avait été perçu avant la crise de 2008, et que celui-ci était envisagé dès 2006. « Nous étions depuis 2006, comme le ministère des finances, comme la direction du Trésor, très en faveur de l’adossement de ce groupe CIF à un grand réseau ».Or, selon le gouverneur, les dirigeants de la banque de cette époque ont tout fait, à cette époque, « pour que cet adossement échoue ».

Aujourd’hui, un adossement du CIF lui parait ainsi « écarté », les banques françaises manquant de dépôt. « Dans l’analyse des agences de notation, dans l’analyse des investisseurs internationaux, c’est un élément de fragilité, et cela leur pose un gros problème pour les ratios de liquidités de Bâle quand ils viendront en vigueur (…). Aucune d’entre elles ne considère qu’elle ne peut prendre en charge un refinancement d’une quarantaine de milliards, compte tenu qu’elles sont déjà considérées comme fragiles » note le gouverneur.

Une reprise d’activités possible

La Banque Postale, la seule ayant des excédents de liquidités, y a renoncé, après une longue étude, du fait de risques de dégradation de la part des agences de notation, et de risques de liquidité et de gestion importants. « Elle considère qu’elle n’a pas d’intérêt du point de vue de la clientèle », affirme-t-il, un bon nombre étant clients à la Banque Postale, à la Caisse d’Epargne ou dans d’autres banques. Elle a depuis lancé des prêts à l’accession sociale (PAS).

Pour Christian Noyer, la garantie de l’Etat, et la gestion en extinction du CIF étaient la seule solution pour l’Etat. Le gouverneur a indiqué que des actifs pourraient toutefois être récupérés par d’autres établissements. "Je pense qu’un certain nombre de pans d’activités, de portefeuilles pourraient être rachetés, et continuer en étant adossés, je pense en particulier à des activités de financement du personnel des industries électriques et gazières, de la SNCF". Ces dernières s’étaient d’ailleurs désengagées il y a des années du crédit et avaient déjà externalisé cette activité au CIF.

« Des risques excessifs » dans la gestion du CIF

"Je pense, personnellement, d'après les contacts que j'ai eus, qu'un certain nombre d'agences, une partie du réseau commercial (...) pourraient intéresser certaines banques", a ajouté Christian Noyer. "Les banques sont prêtes, en tout cas certaines d'entre elles, dans la mesure où elles recruteront, à recruter un certain nombre de gens du CIF", a indiqué le gouverneur.

Dernier élément : le gouverneur a noté que, dans les derniers temps, le réseau avait tendance à être moins vigilant sur la qualité des prêts qu’elle accordait. « L’historique de fabrication du crédit du CIF est meilleur que la fin de la période, où ils ont eu tendance, pour maintenir leur activité, à prendre des risques excessifs, avec des quotités de financements qui se rapprochaient statistiquement de 100%, avec des durées de plus en plus longues, s’exposant aux risques de taux d’intérêt au moment du renouvellement du financement, et avec une concentration sur les prêts à taux variables qui crée un risque de gestion du bilan supérieure. C’est sans doute une évolution qui n’aurait pas été tenable très longtemps » a conclu Christian Noyer.






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