La décision de la Fed d’initier une diminution des achats mensuels d’actifs va se traduire par une nouvelle phase pour les politiques monétaires au niveau mondial. Elle pourrait avoir un impact sur les taux européens.
La Fed a réduit hier ses rachats d’actifs à 75 milliards de dollars par mois, contre 85 milliards jusqu’ici. Tant les achats d'obligations que ceux de titres hypothécaires vont ainsi être diminués par la Réserve Fédérale. Cette arrivée plus rapide que prévu du mouvement dit de « tapering » par la Fed est importante non seulement du point de vue de l’économie américaine, mais aussi du point de vue de l’économie mondiale. Car la Fed a, par cette décision, enclenché un mouvement de normalisation de sa politique monétaire très accommodante.
Après la crise des subprimes et la faillite de Lehman Brothers, la Fed avait, comme toutes les grandes banques centrales mondiales, enclenché un cycle de baisse des taux, jusqu’à ne plus pouvoir les baisser davantage, ses taux étant aujourd’hui compris dans une fourchette de taux comprise entre 0% et 0.25%. Elle avait donc, dans un second temps, procédé à la mise d’un certain nombre de mesures non conventionnelles, telles que des rachats d’obligations d’Etat, une mesure destinée à agir sur le niveau des taux d’intérêt. L’annonce d’hier, qui veut marquer le « début de la fin » de ces mesures, est donc clairement un signal de retournement dans le pilotage des politiques monétaires au niveau mondial. L’heure n’est plus, au niveau américain, aux mesures d’urgence, les indicateurs, tels que le taux de chômage, s’améliorant au fil des mois, tout comme les prévisions de croissance : la croissance devrait être comprise, selon la Fed, entre 2,8% et 3,2% en 2014. De quoi inciter la Réserve Fédérale à amoindrir le caractère très accommodant de sa politique monétaire.
Avec une diminution des achats d’obligations d’Etat, des anticipations de remontée des taux longs pourraient conduire à un changement de psychologie de la part des acteurs financiers en termes d’arbitrage. Et avoir également une influence sur le biais directionnel des taux européens. Les taux de l’OAT 10 ans n’ont guère évolué depuis deux mois, à 2.47%. Mais si les investisseurs anticipent des rémunérations plus élevées sur les obligations d’Etat outre-Atlantique, nul doute qu’une fuite vers des obligations aux taux plus attractifs pourrait bien faire remonter à terme les taux européens. L’anticipation de la fin du « tapering » à la fin de l’été avait déjà produit de tels effets. Maintenant que la Fed a confirmé celle-ci, restera à voir si ce mouvement de hausse des taux longs européens se réitérera. Ce qui pourrait avoir à terme une influence directe sur les taux des crédits à l’habitat proposés par les banques.
