<p>Alexandra François-Cuxac (FPI)</p>
Selon la fédération des promoteurs immobiliers, des facteurs-clés font encore obstacle à la relance de l’immobilier neuf, comme les permis et les ventes.
La reprise des chantiers est nécessaire, mais ne suffira pas à elle-seule à la relance du secteur. C’est en substance ce qu’a indiqué ce jeudi la fédération des promoteurs immobiliers (FPI). « Si le gouvernement a mis l’accent sur les conditions de la reprise des chantiers, des facteurs-clés font encore obstacle à la relance de l’immobilier neuf. En amont des chantiers, le confinement paralyse la délivrance des permis de construire, en aval, il paralyse les livraisons et les transactions », note la FPI.
Les chantiers reprennent peu à peu
Fait positif, les entreprises retrouvent le chemin des chantiers. « Les adhérents de la fédération constatent en effet depuis dix jours un retour des entreprises du BTP, désireuses de reprendre les chantiers. Car pour les acteurs du bâtiment comme pour les promoteurs c’est une question de survie», note l’organisation.
La fédération note que le guide de l’OPPBTP, malgré ses imperfections, a joué un rôle déclencheur en préconisant les mesures sanitaires à respecter. « Les situations sont évidemment contrastées, en fonction de l’avancement des opérations, du nombre d’entreprises concernées, de la part de la coactivité etc. Mais on peut estimer que 30% environ des opérations ont repris, et cette part devrait rapidement croître », indique la fédération.
La question du coût
Mais à l’image du communiqué récemment signé par diverses organisations, la fédération pointe un sujet majeur, savoir le surcoût engendré par l’épidémie. « Le débat porte aujourd’hui sur les surcoûts, directs et indirects, liés à l’épidémie. Tout la chaîne est touchée, les maîtres d’ouvrage comme le BTP. C’est à l’échelle de chaque chantier que le nouvel équilibre économique des opérations se définit, dans le cadre contractuel. Il est important que l’Etat laisse les acteurs négocier, mais il pourrait faciliter cette négociation par une prise en charge partielle de ces surcoûts, comme le demandent certaines fédérations », propose la FPI. « La reprise des chantiers, clairement ressentie sur le terrain, ne résout qu’une partie des problèmes de l’immobilier neuf. En amont comme en aval des chantiers, le système reste largement paralysé ».
Blocages administratifs
La fédération critique notamment les blocages administratifs relatifs aux permis. « En amont des chantiers, la délivrance des permis de construire est à l’arrêt , étant donné que, depuis le 12 mars, le dépôt et l’instruction des demandes de permis de construire sont pratiquement stoppés. »
« Certains facteurs sont légitimes et inévitables : les maires sont extrêmement mobilisés par les questions sanitaires, les exécutifs locaux sont paralysés dans les grandes villes et les EPCI par l’inachèvement du processus électoral des municipales. D’autres facteurs sont plus difficiles à comprendre : l’incapacité de beaucoup de services instructeurs à travailler à distance, faute de matériels et de logiciels, ou l’indisponibilité de services de l’Etat consultés (architectes des bâtiments de France, archéologie etc.). Une fois les permis obtenus, d’ailleurs, certains maires interdisent même la reprise ou le lancement des chantiers ou limitent sévèrement leurs horaires. Les préfets, au nom de la reprise économique dans les territoires, ont un rôle à jouer sur ce point », affirme la FPI.
La fédération s’inquiète vis-à-vis de l’impact de cette paralysie, qui risque d’être « catastrophique ». Faute pour les collectivités locales de pouvoir facilement rattraper le retard, la FPI craine que des dizaines de milliers de logements pourraient ne pas être autorisés cette année. « Ce constat devrait nous conduire, collectivement, à rouvrir deux chantiers qui progressaient trop lentement jusqu’à présent, et qui doivent faire partie du plan de relance : la simplification et la digitalisation de l’instruction des permis de construire », affirme l’organisation.
Ventes et livraisons « à la peine »
L’organisation pointe en outre des retards dus à la formalisation des actes de vente. Or, la signature des actes de vente est selon elle « capitale, parce qu’elle dégage le chiffre d’affaires qui permet aux promoteurs de payer leurs fournisseurs et prestataires (BTP, architectes etc.) ». Mais malgré une ouverture juridique récente, « la dématérialisation de la signature chez les notaires reste balbutiante », souligne-t-elle. Il faut en effet au préalable « que les clients aient obtenu un prêt bancaire, ce que le confinement rend également difficile ».
D’autres difficultés sont également à noter en bout de chaîne. Les livraisons ne sont pas épargnées par la crise. Elle sont même, selon la FPI, « au point mort, non seulement par l’indisponibilité des clients, mais surtout par celle des concessionnaires chargés du raccordement des bâtiments neufs aux réseaux d’électricité ou de gaz. Le principe de continuité des services publics (Etat, collectivités, opérateurs publics) est sérieusement mis à mal par cette crise ».
Aussi Alexandra François-Cuxac, présidente de la FPI France, souligne l’importance de débloquer l’offre et la demande. « L’épidémie de Covid révèle deux faiblesses majeures de l’immobilier neuf en France : la sur-administration et la sous-digitalisation. Leur traitement sera au cœur du ‘plan Marshall’ dont notre secteur a besoin pour contribuer au rebond économique de notre pays. Cette composante ‘offre’ est aussi importante que la relance de la demande.»
