<p> Axel Gilbert, chargé de projet, et Pascal Oger, directeur de l’INSEE Rhône-Alpes (SDH/LPI)</p>
Pascal Oger, directeur de l’INSEE Rhône-Alpes, et Axel Gilbert, chef de projets, ont présenté jeudi l’étude sur les situations de précarité dans les trois grandes agglomérations de Rhône-Alpes : Lyon, Saint-Étienne, et Grenoble. Des trois agglomérations, c’est Saint-Étienne qui affiche le plus de précarité, avec notamment 23% sous le seuil de bas revenus. La Métropole de Lyon et Grenoble Alpes Métropole affichent des proportions moins fortes de ces ménages.
L’objectif de cette étude était de localiser les diverses formes de précarité : précarité monétaire, mais aussi précarité d’emploi, et précarité familiale. La précarité monétaire est celle observée chez les ménages à bas revenus, aux minima sociaux, ainsi que les ménages dépendant à plus de 50% des aides sociales. La précarité de l’emploi comprend tient compte pour sa part du taux de chômage, des chômeurs de longue durée, et des travailleurs non diplômés. Et la précarité familiale intègre les familles monoparentales, les familles nombreuses à bas revenus, mais aussi le nombre de personnes de plus de 75 ans vivant seules. De ces trois précarités, un indice de précarité général permet de distinguer des différences suivant les territoires.
Stabilité géographique
D’un point de vue régional, le directeur de l’INSEE Rhône-Alpes note une stabilité géographique de la précarité. « Ce qui est très frappant, c’est qu’il n’y a pas eu d’évolution forte au cours des années étudiées, malgré la montée du chômage et les opérations de rénovation urbaine entreprises qui ont des conséquences très positives. L’évolution contrastée de ces évolutions implique une relative stabilité de la concentration territoriale de la pauvreté, avec une concentration plus forte sur le point de vue de la précarité monétaire, qui est très concentrée sur les grands quartiers HLM, et une diffusion un peu plus large, au-delà de ces pôles, des difficultés d’emploi» note Pascal Oger.
Cette stabilité de la précarité dans les agglomérations rhônalpines est la conséquence de deux phénomènes contradictoires, entre effets positifs de la politique de la ville et effets négatifs du développement de la crise.
« Il n’y a pas tant d’écart que cela entre Saint-Étienne, Grenoble et Lyon » remarque le directeur régional, avec des seuils de bas revenus relativement proches dans les trois agglomérations : 20%, 18%, et 23%. Mais la dispersion de cette précarité n’est toutefois pas la même dans les trois agglomérations. « La différence, ce sont difficultés démographiques sur Saint-Étienne. Il y a beaucoup plus de départ vers le périurbain à Saint-Etienne qu’à Lyon ou à Grenoble (…) Le centre-ville perd de la population, ce qui expliquer dans certains cas une certaine concentration de la précarité par un départ des populations les plus aisées» indique Pascal Oger.
Saint-Etienne la plus précaire des trois agglomérations
"Le problème lorsque l'on observe Saint-Etienne, c'est qu'elle se situe dans une région relativement riche. La situation y apparait comme plus négative. Mais si on la comparait à d'autres villes de régions industrielles françaises en reconversion, elle apparaitrait plutôt dans le haut du tableau que dans le bas" indique Pascal Oger.
Dans le périurbain, il existe moins de problèmes de précarité. De petites villes, comme Vizille à côté de Grenoble, perdent leurs emplois. Les habitants de ces villes sont contraints d'aller travailler dans la métropole à proximité, et ces anciens pôles d'emplois deviennent donc des communes résidentielles malgré elles. Il existe donc dans le périurbain des phénomènes de précarité "mais ceux-ci sont sans commune mesure avec les zones sensibles des agglomérations, aussi bien en intensité qu'en volume" indique le directeur régional de l'INSEE.
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