<p>Jean-Marc Torrollion, président de la FNAIM (SDH/LPI)</p>
Alors que les trois quarts des agences immobilières auront d’ici fin mai des difficultés de trésorerie, l’ordonnance du 25 mars relative à l’état d’urgence sanitaire va aggraver la situation.
Le cri d’alarme est poussé par la FNAIM : d’ici fin mai, les trois quarts des agences immobilières auront des difficultés de trésorerie. Les agents notent notamment que l’épidémie de COVID-19 « a fait voler en éclats la chaîne de finalisation des transactions immobilières ». Selon elle, « dans cette crise sans précédent, la FNAIM fait tout pour demeurer un maillon solide », « mais les agents immobiliers ne peuvent pas, à eux seuls, suppléer à toutes les défaillances qui s’accumulent en amont et en aval de leurs compétences spécifiques ».
Problèmes de trésorerie
La fédération de l’immobilier a réalisé un sondage express réalisé auprès de plus de 2.000 professionnels adhérents à la FNAIM sur le terrain. Or compte tenu des mécanismes de fonctionnement de la transaction, l’arrêt de l’activité du mois de mars a empêché l’encaissement des sommes liées aux ventes réalisées en janvier et de février, avertit-elle, tout en notant que depuis le début de confinement, la quasi totalité des actes planifiés - près de 90% - ont fait l’objet d’un report.
« Avec l’arrêt actuel de la chaîne du logement, ce sont deux mois d’activité des agents immobiliers qui ont déjà été réduits à néant», déplore Jean-Marc Torrollion, président de la FNAIM. La situation des agents est dramatique, note la fédération. « Les agents doivent donc faire face à un trou non pas seulement de deux mois, mais de trois, voire sans doute quatre mois dans leurs chiffres d’affaires ». L’enquête réalisée auprès des adhérents montre que pour 38%, leur trésorerie n’excède pas 30 jours, et pour 36%, elle est comprise entre 30 et 60 jours. Leurs trésoreries ne pourront donc pas « indéfiniment résister à un arrêt total des rentrées de fonds », indique la fédération. « Autrement dit, aucun n’était armé pour encaisser durablement un tel choc. Ne l’oublions pas : les agences immobilières sont des TPE » observe Jean-Marc Torrollion.
L’ordonnance du gouvernement aggrave la situation
Comme pour l’immobilier neuf, l’immobilier ancien est elle aussi touchée de plein fouet par l’ordonnance prise en urgence le 25 mars par le gouvernement, qui reporte les délais de signature. Situation qui accable un peu plus les agences. La FNAIM, via son président, a prévenu qu’elle n’accepterait pas cette mesure. « Il faut, au contraire, réduire les délais de purge des différents recours susceptibles de bloquer une transaction. Sinon, un stock d’actes représentant 400 millions d’euros de chiffre d’affaires ne pourra pas être signé avant le 25 août. Et je ne parle ici que de nos adhérents FNAIM, 50% des professionnels » déclare-t-il.
Cette date du 25 août serait trop tardive pour nombre de professionnels qui pourraient avoir, d’ici là, mis la clé sous la porte. Faute d’un redémarrage des transactions d’ici à la fin du mois de mai, les trois quarts des professionnels de l’immobilier spécialisés dans la vente auront dû cesser leur activité, ce qui représente pas moins de 3 000 agences qui baisseraient leurs rideaux, selon le décompte de la fédération, représentant une menace pour plus de 20.000 emplois, dans ces TPE implantées partout dans les territoires.
Plusieurs demandes adressées au Gouvernement
« Pour éviter ce mécanisme de faillites en cascade, la chaîne du logement doit être reconstituée au plus vite. Aujourd’hui, nous sommes perdus entre les injonctions contradictoires. On nous dit de travailler à distance. Nous nous organisons, mais il nous manque d’autres maillons pour travailler réellement, au premier rang desquels les services d’urbanisme, alors que nous avons besoin d’eux pour poursuivre notre activité », s'inquiète Jean-Marc Torrollion.
Si la FNAIM avait souligné très tôt l’impératif de continuité du service d’authentification des actes, même à distance, et que le Conseil supérieur du Notariat s’est déclaré favorable à la comparution à distance, « dans la réalité des faits, ce vœu s’est heurté au retard en équipements digitaux de nombreuses études », déplore la fédération.
Celle-ci souligne la bonne volonté du Conseil supérieur du notariat (CSN), qui est intervenu auprès de Bercy pour obtenir la réouverture des services de publicité foncière, qui est effective depuis le mercredi 1er avril. Une initiative saluée par la FNAIM, mais qui « ne résout pas tout », de l’aveu même du président du CSN, Jean-François Humbert.
Pour éviter « l’agonie du secteur », Jean-Marc Torrollion a d’ores et déjà adressé plusieurs demandes au gouvernement, Il souhaite ainsi la suspension du droit de préemption pour toutes les collectivités incapables d’assurer un fonctionnement à distance de leur service d’urbanisme, mais aussi l’abrogation du report du délai de réponse pour les déclarations d’intention d’aliéner (DIA), comme prévu dans l’ordonnance, ainsi que la faculté de renoncement à tous les délais de protection.
