«Il y aura moins de volumes de ventes en 2020 qu’en 2019»

Laurent Vimont est le président du réseau d'agences franchisées Century 21. Il évoque l'impact de la période de confinement sur les transactions immobilières.

Le confinement a marqué une rupture pour le marché immobilier dans l’ancien. Il avait pourtant bien débuté l’année, dans une sorte de continuité par rapport à l’année 2019…

Nous constations même des chiffres qui étaient plus élevés qu’en 2019 ! Nous étions à +10%. Ça avait très très bien démarré et puis il y a eu un coup d’arrêt… Le marché est maintenant en pause depuis le confinement. L’activité a fonctionné à basse vitesse pour faire les promesses de vente qui étaient déjà entérinées, pour lesquelles les gens avaient déjà visité et revisité, et qu’il fallait juste formaliser. Nous avons constaté une chute de 80 % des transactions depuis la mi-mars. Il ne se passe rien depuis 15 jours…

Le décret publié dans le weekend autorisant l’acte notarié par comparution à distance permettra-t-il de débloquer quelques transactions ?

Je l’espère. Mais il faut être prudent, car premièrement cela ne concerne que 40% des études. Deuxièmement, nombre de transactions sont bloquées du fait des DIA (déclarations d’intention d’aliéner, ndlr), des hypothèques, d’un ensemble d’éléments administratifs ou même du fait du prêt qui n’a pas été débloqué… Donc le décret va surement arranger quelques choses, mais cela ne concernera certainement pas 100% des transactions qui étaient en cours. Mais ça ne peut pas faire de mal, voilà ce que l’on peut dire.

Concernant la situation avant le confinement, quelles étaient les dynamiques ?

C’était bon partout. Il y avait un léger ralentissement à Paris, ce qui était sans doute dû à des hausses de prix qui avaient été un peu trop rapides.

Vous conseillez de « garder les projets au chaud ». Est-ce à dire que vous tablez, après cette crise, sur une reprise de l’activité telle qu’elle était auparavant ? Ou est-ce que ça aura des conséquences sur le marché ?

Il y aura des conséquences sur le marché. C'est aujourd'hui quasiment impossible de faire un pronostic. Premièrement, on ne sait pas combien de temps durera le confinement.Ça aura un impact. Deuxièmement, on ne sait pas quelle sera le comportement des banques françaises. Troisièmement, on ne sait pas quels seront les niveaux de taux d'intérêt. Et enfin, on ne sait pas comment les acheteurs et les vendeurs vont réagir.

Il y a donc, dans cette équation, tellement d'inconnues qu’avant de pouvoir la résoudre, il va falloir attendre un peu. Ce que l'on a pas fait en mars-avril, ce ne sera pas reporté sur les mois suivants. Il y aura sans doute des embouteillages sur les promesses de vente. Si les prix vont monter, baisser, ou rester stables, je n’en sais rien. Mais avant de savoir ça, ce que je sais, c’est qu’il y aura moins de volumes de ventes en 2020 qu'en 2019. C’est quasiment acquis. Quant aux proportions, attendons de voir comment ça redémarre pour les chiffrer.

Le directeur général de Guy Hoquet l’Immobilier, Stéphane Fritz, déclarait que son réseau conseillait à ses clients de maintenir leurs prix. Est-ce que c’est une position à laquelle vous adhérez ?

Je n’en sais rien! Il n'y a pas de raison ni de les monter, ni de les baisser. Les mandats qui ont été signés à un prix il y a quelques temps sont toujours en vente dans les agences. Certains les ont retirés, mais ils sont peu nombreux. On va voir comment ça redémarrera après cette période. Tant que nous ne sommes pas en activité et que nous ne voyons pas les comportements des uns et des autres, faire un pronostic, c’est jouer à Nostradamus… Je déconseille formellement de s’aventurer sur ce terrain-là, parce qu’on ne sait pas. S’il y a un déconfinement provisoire, il y aura des conséquences différentes par rapport à un déconfinement massif. Ce n'est parler pour ne rien dire que de faire des pronostics sur le sujet.

Comment accompagnez-vous vos agences franchisées dans cette crise ?

Nous avons gardé en télétravail toute l'équipe des consultants. C'est une équipe d’une trentaine de personnes. Chaque consultant suit une quarantaine d’agents dans tous les métiers : transaction, gestion, et syndic. Et nous profitons de cette période de calme pour faire faire aux agents des choses qu’ils n’avaient pas eu le temps de faire auparavant : c’est par exemple les bases de données, pour améliorer leur conformité à la RGPD, c’est mieux les qualifier que ce soit au niveau des acheteurs, des vendeurs…

L’image que j’ai, c’est celle du pêcheur coincé à quai parce qu’il y a une tempête. Le pêcheur a plusieurs options. La première, c’est d’attendre que ça passe, et la deuxième, c’est d’en profiter pour réviser son bateau, son moteur, son instrument de navigation, et de réparer son filet.

Les consultants sont proches des agents, et sont au téléphone tous les jours avec eux. Ils accompagnent l’agence dans le cadre de plans d’actions que l’on a écrits. Il y en a une bonne dizaine, et on en est pour l’instant au quatrième. Il y en a un tous les trois ou quatre jours. Moi, tous les 4 jours, je fais un live via l’outil Workplace de Facebook pour communiquer avec le réseau, échanger avec lui sur ma perception de la situation, sur les ordonnances, les décrets, de le tenir au courant de ce qui se passe, et le maintenir dans un niveau d’activité intellectuelle élevée pour être prêt à redémarrer quand ça redémarrera.

En profitez vous pour dispenser des formations ?

C’est en cours. Nous avons tout un stock de formations. Mais plutôt que d’y aller de façon anarchique en les délivrant tout d’un seul coup, nous avons établi un plan d’actions sur plusieurs semaines pour animer le réseau et le faire vivre.

Est-ce que certaines de vos agences franchisées sont en proie à des difficultés de trésorerie suite à cette crise ?

Nous avons plus de 500 agences qui ont l’activité gestion locative et syndic, et qui ont donc une récurrence de chiffre d’affaires importante. L'autre partie, avec les performances 2019, avait engrangé une trésorerie suffisante. Pour l’instant, nous n'avons donc pas de remontée négative du réseau. On a mis à sa disposition un ensemble de notes pour pouvoir expliquer comment bénéficier du prêt de trésorerie avec la BPI, les différentes solutions de chômage partiel, de télétravail… Nous avons beaucoup travaillé pour informer sur les différents dispositifs qui concernent les travailleurs indépendants. Mais pour l’instant, nous n’avons pas d’agences en difficulté.

Vous vous placez donc, en tant que réseau, comme un outil support d'informations pour les agences en cette période de crise…

Nous jouons notre rôle à plein. Nous sommes présents, nous communiquons beaucoup. Nous collections les informations et les faisons remonter au ministre lorsqu’elles sont mauvaises, à l’image de l’ordonnance sur les délais.

Selon vous, le confinement peut-il changer la perception qu’ont les habitants de leur logement ? Ceci pourrait-il avoir un impact sur les décisions d'achat dans les mois qui viennent ? Au regard de cette expérience, pourraient-ils être plus tentés dans les années à venir par le périurbain ?

C’est possible, mais après il ne faut jamais oublier qu’il y a des contraintes économiques, et que ce qu’on a voulu dans une situation particulière, on en veut plus quelques semaines plus tard parce que l’on a réfléchi et que la vie a repris son cours. Ceux qui sont à trois dans un appartement de deux pièces doivent se dire aujourd’hui qu’ils en ont ras le bol et souhaiteraient s’acheter un morceau de terrain pour faire une maison.

Maintenant, est-ce qu’une fois que cela va être passé, le projet va-t-il être assez costaud ? Je n’en suis pas certain. Il y aura certainement des gens qui ont testé le télétravail, qui seront satisfaits de cette solution, et qui vont déménager à la campagne parce qu’ils ont envie de cela. Oui. Mais dans quelles proportions, je n’en sais rien. Ce que je suis sûr, c'est que 100% des gens qui pensent cela ne passeront pas à l'acte. Il y aura un taux de chute important. Il faut être prudent avant de tirer des conclusions sur un peu tout, et laisser un petit peu de temps au temps pour voir comment les choses se remettent en place.






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