DPE : un impact à géométrie variable

Les agents immobiliers présents sur les communes où les primo-accédants sont très présents ressentent plus l’impact du diagnostic de performance énergétique.

« Foutaises de technocrates ! » Quand on lui parle de DPE, l’agent immobilier se laisse parfois aller à la trivialité. Cette expression, lâchée récemment par l’un d’entre eux, traduit malgré tout une certaine perplexité de la profession vis-à-vis de ce diagnostic, obligatoire depuis maintenant quelques années et généralisé sur les annonces depuis le premier janvier. Car il faut le dire : malgré son impact désormais plus que visible en termes de financement, sur le fond, le concept du DPE a encore du mal à prendre. Et la généralisation de son affichage n’a pas amélioré la perception des agents immobiliers sur celui-ci.

Mesure phare du Grenelle, le DPE avait pour objectif initial d’évaluer la performance d’un logement en termes de consommation énergétique et d’émissions de gaz à effet de serre. Une évaluation qui nécessite toutefois l’appel à un professionnel du diagnostic. C’est en effet le diagnostiqueur qui, après un examen de plusieurs heures dans le logement, va donner au logement une note allant de A à G.

Le DPE sera par la suite affiché sur les annonces immobilières, une mesure obligatoire depuis début janvier qui, de l’avis des professionnels a eu peu d’impact. C’est notamment l’avis de Franck Pariset, agent immobilier à Ecully : « nous n’avons pas senti de différence significative par rapport à l’année dernière » indiquait-il récemment. « En l’état actuel des choses, les consommateurs regardent cette mesure avec un œil un peu circonspect », indiquait pour sa part, fin mars, Guy Giraud, président de la FNAIM de la Loire. « La fiabilité du DPE n’est pas perçue comme étant quelque chose d’absolument sérieux et rigoureux. Je pense donc que cela n’a pas eu la moindre influence sur les prix, ni positive, ni négative ».

La Fiabilité en question

« Fiabilité », le mot est lâché. Car pour qu’une évaluation soit fiable, encore faut-il qu’elle soit la même chez tous les diagnostiqueurs, ce qui est loin d’être le cas. « Quand on voit que dans une même résidence deux biens côte à côte conçus de la même façon avec le même type de chauffage sont notés de manière différente, vous vous posez forcément des questions » se demandait récemment un agent immobilier de Saint-Priest. Certains diagnostiqueurs n’hésiteraient pas, en outre, à remonter la note de certains logements, notamment pour qu’un bien en E passe dans la catégorie D, catégorie qui ouvre droit à des conditions plus favorables pour le PTZ+.

Le gouvernement l’a bien compris et a récemment donné à la profession un cadre réglementaire plus étoffé en mettant en place un véritable diplôme de diagnostiqueur immobilier. Le groupe Ginger CEBTP a notamment annoncé pouvoir le délivrer dès cette année 2011. Reste que pour l’heure, le diplôme de diagnostiqueur n’est pas obligatoire... mais pourrait rapidement le devenir, au vu des critiques.

Vers une sorte de « discrimination positive » ?

Pour autant, le DPE n’a-t-il vraiment eu aucun impact ? Pas si sûr. Car si une partie importante des professionnels de Lyon intra-muros ne voient dans le DPE qu’un document de plus dans la longue liste des diagnostics obligatoires depuis début janvier, d’autres ont ressenti un vrai impact de la généralisation du DPE depuis le premier janvier. Et notamment dans les zones ou les primo-accédants sont nombreux à acquérir un bien. Car depuis le premier janvier, le PTZ+ est plus favorable, dans l’ancien aux catégories allant de A à D qu’aux catégiories allant de E à G. Et ceci,  a de l’avis de nombreux experts changé la donne en termes de financement.

C’est notamment le cas d’Alain Simonet, gérant de l’agence Solvimo à Bron, qui indiquait récemment avoir senti l’impact du DPE :« nous avons eu, dès janvier, des demandes sur ce type d’acquéreurs des demandes récurrentes sur les classements énergétiques. Nous avions par exemple un client très intéressé par un appartement qui a renoncé à son projet en apprenant que le bien était classé E et non pas D. Il y a, il est vrai, un gros impact sur le financement »

Pas d'impact pour 63% des agents

Et la remarque n’est pas isolée. Sur un panel de 49 agents interrogés par Lyon Pôle Immo sur le territoire du Grand Lyon, si 63% déclarent n’avoir perçu aucun impact concernant la généralisation du DPE et ses conséquences sur le PTZ+, 37% déclarent en revanche avoir observé un impact, notamment sur le financement. Et ce n'est pas un hasard si ces derniers exercent, dans leur grande majorité, dans des communes de report de Lyon, où les primo-accédants sont nombreux, comme Rillieux-la-Pape, Bron, Décines, Oullins, ou Vaulx-en-Velin. A l’inverse, dans les quartiers les plus chers de Lyon intra-muros ou dans les communes de l’Ouest lyonnais où le marché de la revente-achat est très développé, comme Tassin ou Ecully, l’impact n’est quasiment pas ressenti.

Autre élément important, le DPE est également perçu par certains agents comme étant un moyen de s’intéresser enfin au bien à proprement parler. « Il y a un impact très positif pour notre profession, du fait que l’on commence vraiment à sensibiliser les gens sur l’immobilier »notait il y a quelques semaines Sébastien Sol, de l’agence Limouzi Confluent. Outre la localisation, qui reste un élément important comme élément constitutif du prix, on ne peut plus vendre n’importe quoi. Dans un appartement ou les fenêtres sont en simple vitrage, et où les déperditions de chaleur importantes, le DPE, du fait de son caractère obligatoire, sensibilisera l’acheteur ». Comme quoi, la généralisation du DPE a quand même eu quelques vertus…






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