Campagne présidentielle: « un débat lamentable »

Jean Perrin, président de l’Union nationale des propriétaires immobiliers, tente de faire émerger la voix des propriétaires dans la campagne électorale.

Dans cette période préélectorale, comment essayez-vous de porter la voix des propriétaires ?

Pour porter la voix des propriétaires, nous avons fait un livre, qui fait des propositions, et qui s’adresse à un ministre du logement éventuel. Je l’ai ensuite proposé à tous les partis politiques. J’ai eu des discussions avec un certain nombre de responsables politiques sur ces propositions. Quelques-unes ont retenu leur attention, d’autre pas… Or je leur ai toujours dit que ce projet était global. C’est un changement total de cap ! .Et je n’ai pas eu, jusqu’à aujourd’hui, de candidat qui m’ait dit « Banco, j’y vais ! ». Nous sommes très déçus, nous les propriétaires privés, parce que l’on pensait avoir fait un travail équilibré, sain, qui va dans le bon sens. Les candidats sont pour l’heure pris par des chamailleries, et nous n’entendons plus trop parler de sujets comme la dette, ou le logement. Par contre savoir qui a parlé le premier, ça, ça les excite. C’est un débat lamentable. Je trouve que l’on a de petits candidats, et ce n’est pas digne.

L’une de vos propositions était d’abolir le permis de construire dans les zones denses… C’est un peu la même philosophie que celle visant à augmenter les droits à construire…

La proposition d’augmenter de 30% les droits à construire, c’est du gadget : aller mettre un immeuble au-dessus d’un immeuble, c’est absurde. Du point de vue des particuliers qui souhaitaient des extensions, ça faisait longtemps qu’ils les effectuaient. On annonce des grandes nouvelles, et ça ne change rien. Moi, je propose de supprimer le permis de construire. Avant 1945, il n’y avait pas de permis de construire. Or la France est belle, on la fait visiter au monde entier. Après 1945, il y a eu des permis de construire. On a vu que, à la Rochelle, avec la Tempête Xinthia, ce qu’on avait vendu pied dans l’eau se trouvait être sous l’eau. On a également vu que l’ANRU démolit chaque année 50.000 logements parce qu’ils sont considérés comme n’étant pas de bonne qualité. De ce fait, je me demande si le permis de construire est vraiment un gage de sécurité… En France, nous avons des PLU, un code la construction, de l’urbanisme, des règles de construction. Le permis de construire consiste simplement à aller se mettre à genoux devant les maires pour leur demander si nous respectons bien cela. Je propose que l’on laisse aux gens la liberté et la responsabilité. Si, en revanche, les personnes n’ont pas respecté les règles, je propose qu’ils démolissent. On peut aller plus vite, mieux, et c’est plus simple.

Un des autres grands débats est celui de la garantie des risques locatifs. Comment peut-on optimiser ce dispositif ?

Le dispositif actuel est nul : aujourd’hui, le propriétaire met de l’argent de côté dans les cas où son loyer n'est pas réglé. On devrait lui dire « mettez le montant du loyer de côté, et quand le locataire ne vous paie pas, vous reprenez ce que vous avez mis » ! On voit bien que ceci ne peut pas à terme fonctionner. D’ailleurs, la preuve, c’est que le taux a commencé à 1.8%, il est aujourd’hui à 3.5%. Et les assureurs disent que, pour être sérieux, il faudrait être à 5%. La solution, c’est qu’elle soit obligatoire et généralisée, et que les locataires contribuent au financement. Ce serait une vraie garantie pour les propriétaires. D’ailleurs pour tous les systèmes d’assurance, c’est celui qui fait courir le risque qui s’assure pour le dommage qu’il cause aux autres. Vous vous assurez en effet pour le cas où vous renversez ou cabossez quelqu’un d’autre… Ce n’est pas l’autre qui s’assure pour le cas où vous viendrez à le cabosser. On voit bien qu’on a pris un raisonnement absurde. Le fait de dire « les propriétaires peuvent payer, et les locataires n’ont pas à payer », cela ne marche pas. La solution, c’est que les locataires contribuent au financement de l’assurance pour les risques qu’ils provoquent, comme dans tous les domaines de l’économie.

Vous avez formulé des propositions visant à réduire le prix de l’immobilier… Quelle est la philosophie de cette série de mesure ?

On est parti dans un délire national où l’on veut tout pour tout le monde. Par exemple, on dit que tous les logements doivent être accessibles au handicap. C’est une bêtise monumentale. Si vous mettez une personne à mobilité réduite au cinquième étage, qu’elle rentre du cinéma à 22h30, et que l’ascenseur est en panne, alors il faudra que l’on m’explique comment elle monte chez elle. Maintenant, elle monte chez elle, et il y a un début d’incendie. On dit qu’en cas d’incendie, il ne faut surtout pas prendre l’ascenseur. Comme s’en va-t-elle? On le voit : le mieux est toujours l’ennemi du bien. Il y a en France des règlementations, des contraintes, des obligations pour la construction que parfois les promoteurs se mettent tout seuls. Ce qui fait que le logement est trop cher, et que l’on ne peut plus accéder à celui-ci. Nous, ce que l’on propose, c’est de revenir à l’essentiel : il faut que l’on respecte le Grenelle de l’environnement et qu’il y ait dans le logement des qualités thermiques et phoniques, la durabilité, mais il faut aussi que l’on fasse des logements moins chers, et nous avons pour cela trouvé la solution. Comme cela, plus de personnes pourront accéder à la propriété, les loyers pourront être moins chers et on pourra retrouver de la rentabilité.

Cette solution, en  quoi consiste-t-elle ?

Cela passe par une certaine industrialisation du logement. Aujourd’hui, on met du Placoplatre, de la laine de verre, et entre les deux, on met des rails. Il faut savoir que les cloisons peuvent arriver toutes faites, et que l’on ait plus qu’à les clipser les unes dans les autres. Ça va plus vite et ça ne demande pas de séchage. Pour les salles de bains, aujourd’hui, on peut les industrialiser. Dans des hôtels, il y a déjà des blocs qui sont clipsés. Alors certes, il y aura la même salle de bains à Lille et à Marseille. Mais le principal, c’est que la personne qui soit dedans puisse en profiter, et qu’elle ait tout le confort, la qualité, et l’esthétique. De plus en plus, les gens veulent des douches à l’italienne. Est-ce que c’est obligatoire d’avoir du marbre au mur et d’avoir un bac en céramique ? On peut peut-être avoir du béton de qualité et des peintures qui peuvent être plus décoratives que les logements anciens, pour moitié prix. Il faut aller à l’essentiel, et notamment pour les logements destinés aux jeunes, puisqu’on est dans des schémas de parcours résidentiel. Eux n’ont pas besoin de luxe, ni de confort : ils veulent avant tout être logés pour pas trop cher, et ce avec les qualités phoniques, thermiques, et de sécurité. Donnons-leur cela, moins cher: ils pourront être logés et ce sera mieux pour tout le monde.

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Commentaires

Monsieur Perrin trouve cette campagne lamentable, car tout simplement aucun candidat ne fait de propositions fiscales pour aider encore et toujours au maintien artificiel des prix. Tant mieux. Je ne le plaindrai pas.

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