<p>Philippe de Mester (Sylvain d'Huissel/Lyon Pôle Immo)</p>
Pour Philippe De Mester, Directeur général de l’OPAC du Rhône, il est nécessaire de retrouver des moyens de maîtrise foncière.
La question foncière reste cruciale pour la production de logement ?
C’est la question de fond. Nous sommes, au sein d’ABC HLM, en train de réfléchir sur les conditions de réalisation d’une partie de notre production à destination d’une offre très sociale. Nous n’arrivons plus à sortir des projets neufs avec des loyers très bas. Nous produisons des logements dont les loyers sont au minimum de 5,5 euros le mètre carré. C’est trop cher pour des gens qui touchent par exemple le minimum vieillesse. Il est difficile de produire des logements à moins 4 ou 4,5 euros le mètre carré loué, pour des personnes qui perçoivent le Revenu de Solidarité Active, avec les coûts actuels du foncier.
La question du foncier a été posée l’année dernière lors des Etats Généraux du Logement. Tous les acteurs du logement, en particulier l’Union Sociale pour l’Habitat, sont d’accord sur un point : il faut réactiver des mécanismes qui permettent d’éviter des comportements spéculatifs préjudiciables au secteur du logement.
L’Etat pourrait mettre à disposition du foncier pour construire du logement social…
On verra concrètement comment cela peut se mettre en œuvre. L’Etat dispose encore de tènements militaires, notamment sur l’agglomération de Lyon, même si une partie de ces opérations ont déjà été lancées et réalisées. L’un des problèmes est qu’il existe également du foncier public pour lequel l’Etat n’a pas vraiment la main, comme sur le foncier de la SNCF ou sur celui de Réseau ferré de France.
L’autre difficulté concerne l’étendue des tènements. Les parcelles détenues par l’Etat sont très grandes. Nous ne pouvons pas les dédier totalement au logement social, faute de quoi nous assisterions à une réapparition des problèmes de ghettoïsation. Il faut donc qu’une certaine mixité soit assurée. Si c’est une petite parcelle, c’est assez simple. Sur de grosses étendues, ça devient tout de suite beaucoup plus compliqué. Si demain il y a une facilité d’accès au foncier de l’Etat, ce sera effectivement une très bonne chose pour les bilans des opérations mais, pour autant, ce n’est pas ce qui va régler le problème du foncier, ni même celui du logement social.
Il faut par ailleurs que les collectivités retrouvent des outils de maîtrise foncière, et notamment redonner des moyens aux Établissements Publics Fonciers pour qu’ils puissent acquérir des tènements, les préparer, pour que des opérations comme des ZUP pour des Zones d’Aménagement Différé puissent être lancées, évidemment pas dans l’esprit qui était celui des années soixante, mais bien dans l’esprit actuel, qui consiste à éviter la constitution de ghettos, en veillant à assurer une certaine diversité sociale et à la multifonctionnalité.
Propos recueillis par Michel Desprost (Enviscope) et Sylvain d'Huissel (Lyon Pôle Immo)
» Nous sommes un acteur majeur de la rénovation urbaine
» Philippe DE MESTER : l'OPAC du Rhône mettra à niveau tous ses logements énergivores d’ici à 2020 (sur Enviscope)

Il serait bien plus judicieux d’accentuer l’aide à la primo-accession, contribuant ainsi à l’autonomie foncière future des français !