« Les tours, c’est plus une affaire de tripes que de tête »

Marc Pietri est président du groupe Constructa. Concepteur du projet de tour H99 à Marseille, dans le quartier Euroméditerranée, il n’exclut pas de dupliquer le concept d’une tour de logement sur Lyon ou Bordeaux.

Rhône-Alpes est une région importante dans la stratégie de Constructa ?

On est ici depuis 10 ans. Nous y avons réalisé près d’une quinzaine de projets. Ce n’est pas à moi à rappeler une nouvelle fois les qualités intrinsèques de Lyon, ses infrastructures, son tissu industriel. Ce qui est beaucoup plus important, c’est que Lyon, c’est un état d’esprit. L’entrepreneur à Lyon est encouragé, sans a priori. C’est ça la dynamique de cette ville : quelle que soient les différences politiques, il y a une gouvernance économique unique pour l’intérêt général de la ville de Lyon, ce qui est une énorme sécurité pour les investisseurs, mais aussi pour le promoteur que je suis. Si j’avais la possibilité de réaliser deux opérations comme celle-ci à Lyon, je les lancerais. Nous sommes tout de même à Lyon à 5200 euros du mètre carré ! Et avec 29 logements sociaux… Car nous ne construisons pas pour une seule partie de la population : nous mélons des gens issus du logement social avec le programme le plus qualitatif de Lyon… Il y a 43 logements de grand standing et 29 logements sociaux : tout le monde va vivre ensemble, et ça va très bien se passer. D’autant que personne n’a trouvé meilleure protection financière et capitalistique que la pierre. Quelqu’un qui a acheté il y a 15 ans dans une vingtaine d’appartement a doublé ou triplé son investissement, à un moment où sa retraite va diminuer. La crise d’aujourd’hui est financière, ce n’est pas une crise de l’immobilier. En revanche, l’immobilier doit retrouver les chemins vertueux de la qualité de l’emplacement, de l’architecture, des parties communes, des espaces verts, de la qualité de l’habitat, des services, et de la mixité. A chaque fois, nous recréons un univers de vie pour des gens qui vont y vivre 10, 20, 30, 40 ou 50 ans. Il faut produire de la qualité pour être au rendez-vous des acquéreurs et des clients.

Vous avez parlé d’une page blanche pour la politique du logement. Quelles seraient les orientations souhaitables en matière de logement?

Il faut noter que la profession immobilière n’aurait pas passé le cap de 2008 sans le dispositif mis en place par le gouvernement précédent. Néanmoins, dans les deux dernières années de la mandature, tout le monde s’est acharné à supprimer les dispositifs sans mettre en place des produits de remplacement. Les produits défiscalisés et les produits dérivés représentent approximativement 60% à 70% de la production. Si on les supprime, c’est un peu compliqué. Car il n’y a pas que des gens qui gagnent de l’argent dans ces dispositifs: c’est avant tout le BTP, les bureaux d’études et plus largement tout un pan de l’économie. Aujourd’hui, il faut donc en aval que les banques prêtent. Si les banques ne prêtent pas aux vieux, aux jeunes, aux malades, aux handicapés, et aux personnes seules, la vie est difficile... Le parcours résidentiel est en train d’être cassé ! Il faut que chacun prenne ses responsabilités, et que les banques prêtent de nouveau aux primo-accédants : elles perdront beaucoup moins d’argent que sur la dette grecque. Lorsque l’on regarde les statistiques, ce sont les primo-accédants qui remboursent le mieux, et pour lesquels il y a le moins d’incidents… En amont, il faut également réformer le temps de la construction. Car le temps est trop long : il y a trop d’intervenants. Dans les trois dernières années, tous les deux mois, on nous a annoncé une réforme qui, la plupart du temps, n’a jamais été appliquée. Il faut que l’on arrive à respecter la règle des trois unités : unité de temps, unité de lieu, et unité d’action. Il ne s’agit pas de faire n’importe quoi, mais de faire en sorte que tout le monde rende un avis, tout en ayant une gouvernance unique. Le préfet doit décider que le permis de construire se donne dans un délai donné, sans qu’il soit possible d’y déroger, et ainsi éviter les recours scélérats. Il faut savoir que, pour cette simple raison, 30.000 chantiers sont bloqués en France. Autant il faut respecter le droit des tiers ou le droit de voisinage, autant on ne peut pas comprendre que certaines personnes attaquent 20 permis dans des régions totalement différentes. Il faut donc en amont réformer les process de l’acte de bâtir. La construction est quelque chose d’une infinie complexité. Pour construire moins cher, il faut raccourcir les délais, que chacun joue son rôle, dans le respect des autres et dans le respect du rôle de chacun. Si vous êtes en tension avec votre entreprise de bâtiment lorsque vous en êtes aux fondations, ça ne peut pas fonctionner… Le promoteur a un rôle essentiel d’ensemblier à jouer, il faut qu’il le joue.

L’un des projets phare de Constructa est la tour H99, à Marseille. Avez-vous d’autres agglomérations intéressées par ce projet de tour de logement ?

Oui. Deux agglomérations le sont, à savoir Lyon et Bordeaux. Ce sont d’ailleurs les deux seuls endroits où l’on peut faire des tours de logements qui, par essence, coûtent plus cher, et qui demandent l’implication de tous pour réduire les coûts et respecter la réglementation IGH. Avec Paris évidemment. Mais le gros problème à Paris, c’est que les parisiens pensent qu’ils n’ont de leçons à recevoir de personne : un lobby d’intellectuels s’accapare le phénomène des tours, alors que les tours, c’est plutôt une affaire de tripes que de tête. Si je peux refaire, avec mon fils Jean-Baptiste, la tour H99 à Lyon Confluence, je le ferai volontiers. A Bordeaux, le marché est un peu moins élastique. Mais la résurrection de Bordeaux est telle que, sur les bords de la Garonne, il y a peut-être une série de petites tours à faire.

 






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