« J’appelle à un Grenelle du Logement dès septembre »

Bernard Cadeau, président du réseau immobilier Orpi, nous parle de la mise en place du décret d’encadrement des loyers. Il souhaite un véritable Grenelle du Logement dès septembre.

 

On connait désormais le périmètre du décret d'application qui va régir l'encadrement des loyers. Que pensez-vous de cette mesure?

Je pense qu’elle ne va avoir aucun impact sur le terrain. Tous les jours, les agents immobiliers Orpi sont confrontés à la même logique : nos clients, qui sont des bailleurs privés, nous posent la question de savoir quel est le prix du marché pour leur logement qui se libère. Pour nous, nous ne sommes pas dans l’optique de rechercher une performance financière, mais plutôt de garantir une stabilité et une bonne récurrence du loyer. Nous préférons donc pour nos clients que les loyers soient au prix du marché, mais sans plus, et qu’ils perçoivent régulièrement leur loyer. Nous n’avons pas attendu le décret pour appliquer cette règle de bon sens. Nous les incitons à se mettre au diapason du marché et à régler leurs prétentions de bailleur en fonction du pouvoir d’achat immobilier de leurs clients, qui a beaucoup baissé. Dernièrement, nous avons fait une enquête Ipsos / Orpi sur ces points-là, qui a révélé deux faits marquants : d’abord que les français sont à 70% d’accord pour ne pas laisser les loyers s’envoler. Ceci ne constitue pas une surprise. Mais dans le même temps, un quart des bailleurs privés prévoient, si les règles sont trop contraignantes, de retirer leur bien du marché. En faisant le calcul, ceci représente 1.2 à 1.5 million de logements. Si ces biens étaient effectivement mis hors marché, alors ceci ferait grimper les prix en flèche ! En résumé, il faut faire attention aux effets d’annonce : nous n’avions pas besoin de cela pour être raisonnable sur le terrain. Si l’on veut faire baisser les prix, il n’y a qu’une seule solution, c’est de construire beaucoup de logements. Le vrai problème est là et la solution ne réside pas dans un décret.

Construire plus, cela passe par la libération du foncier…

Orpi a fait 12 propositions pour sortir de la crise du logement. La libération du foncier en fait partie. Il faut se mettre autour d’une table et réaliser un vrai Grenelle du Logement, afin que tout le monde puisse contribuer à un plan d’ensemble. Ceci fera baisser les prix. Il y a des mesures et des effets qui sont sur du moyen terme et du court terme. Sur le moyen terme, ce sera la construction massive de logements, afin que, à 10 ou 15 ans, la pression sur les prix provoquée par cette disparité très forte entre l’offre et la demande disparaisse. Ceci est très long, car il faut bien avoir à l’esprit que lorsque vous lancez la construction d’un logement, vous n’avez les clés que trois ans, voire quatre ans plus tard. Le promoteur doit en effet d’abord acheter les terrains, déposer le permis de construire, démarrer la construction, épuiser tous les délais de recours avant de livrer cet immeuble. Sur le court terme, il y a des problématiques qui peuvent être résolues, comme la réhabilitation de logements vacants qui ne sont pas aux normes et qui ont besoin d’être rénovés. Ces derniers constituent un stock intéressant et déjà très important.

Est-ce que la feuille de route de Cécile Duflot présentée la semaine dernière vous a satisfait ?

On nous prévoit une grande loi sur le logement en 2013. Don’t acte. Je n’attends qu’une chose : être consulté par Madame Duflot pour apporter la contribution d’Orpi à ce débat et à cette réflexion, afin que l’on puisse dépassionner ce débat toujours très polémique. On oppose par exemple souvent le logement social et le logement privé, alors que dans notre esprit, il n’y a pas de raison de les opposer. Nous avons notamment dans nos propositions, l’idée de revaloriser l’investissement privé pour le logement social. Il faut du logement pour toutes les catégories de français. J’observe quand même une ambiguïté à ce sujet : l’une des promesses de campagne était le relèvement du plafond du livret A pour financer les logements sociaux. On nous dit désormais que techniquement ceci va être compliqué, et que, d’autre part, le gouvernement voudrait récupérer la collecte du 1% logement, et affecter une partie de cette collecte pour résorber le déficit public. Ce n’est pas comme cela que l’on va construire massivement des logements sociaux.

Si cette collecte était récupérée par l’Etat, l’objectif des 500.000 logements par an serait de fait difficilement tenable…

De toute façon, vu la conjoncture actuelle, je pense que c’est un objectif difficilement tenable aussi, sauf à prendre des mesures qui seraient issues d’une très large concertation, autour de ce que j’appelle le Grenelle du logement. Il y a une énorme attente : nous, professionnels de terrain, avons envie que des solutions durables soient trouvées. On va regarder avec beaucoup d’attention ce qui va se mettre en place… Sur le décret (NDLR : sur l’encadrement des loyers), je donne un rendez-vous et prends un pari : lorsque l’on comparera les prix avant le décret et 6 mois après sa parution, il ne se sera sans doute rien passé. Encore une fois, techniquement, ce n’est pas comme cela que l’on pourra faire baisser les prix. Sur le reste, le problème est de savoir comment faire cohabiter le logement social, le très social, le privé, le social privé, la rénovation urbaine, la mise aux normes environnementales, avec une perspective sur l’investissement patrimonial. Il faut que l’on arrive à mettre en perspective l’investissement immobilier et la construction immobilière, parce qu’il faut loger des gens…

Justement, avec la fin du Scellier, se pose la question du futur cadre de l’investissement locatif ?

La fin du Scellier augure très mal de la suite. Pour l’instant, les rumeurs disent qu’il y aura peut-être une solution de substitution. Nous sommes sur ce sujet dans l’expectative la plus totale. S’il n’y a pas un signal fort de l’exécutif pour dire qu’il y a une volonté de faire redémarrer la construction de logements, et si on dit que le Scellier est fini, et qu’il n’y aura rien derrière, alors cela veut dire que l’on fait tout à l’envers. Nous sommes bien conscients chez Orpi que le pays est dans une situation difficile. Mais c’est une raison de plus pour se mettre très vite autour d’une table, et que l’on trouve très vite des solutions, qui à mon sens ne peuvent pas attendre 2013. J’appelle donc à un Grenelle du logement dès le mois de septembre. Les enjeux sont trop importants.

Cette incertitude pèse-t-elle sur le marché immobilier aujourd’hui ?

Il y a eu une incertitude liée à la période électorale, mais ça c’est un grand classique. Ensuite, il y a eu la loi de finances rectificative, qui date de jeudi. Il est important d’éclairer le terrain de jeu. En 15 ans les français ont perdu la moitié de leur pouvoir d’achat immobilier. Il y a 15 ans, vous pouviez vous acheter deux fois la surface que vous achetez désormais. Il faut que cela cesse, et que l’on s’emploie à renverser cette tendance.

 






Si vous avez apprécié cet article, s'il vous plait, prenez le temps de laisser un commentaire ou de souscrire au flux afin de recevoir les futurs articles directement dans votre lecteur de flux.

Commentaires

cest un miracle ou un boss d’agent immo dit vrai: oui il faut LIBERER le foncier…… mais cest une ecolo au pouvoir.. qui par definition est contre le betonnage et donc la construction..:( Il a falloir que Miss duflot tienne parole: ca fait des mois et de smois qu’elle nous rabache quelle va liberer les terrains, mais pour linstant na rien FAIT!

Signaler un abus

Entièrement d’accord cher Tony.. Madame Duflot est une verte et est donc par nature anti construction, et on a du mal à la croire quand elle affirme qu’elle va batir 500 000 logements PAR AN!

Il va falloir que madame Duflot mette ses pensées ecologiques extremistes anti béton au placard, et pense un peu aux mal logés! Car on ne batit pas des immeubles en bois ni en paille, ni en bosue de vache, mais en Béton!

Signaler un abus
Laisser un commentaire

(requis)

(requis)


Le report de la trêve hivernale adopté par l’Assemblée nationale

Ce report a été adopté par les députés ce vendredi.


« On s’est adapté à la situation du jour au lendemain »


Patrick Lozano est le président de l’UNIS Lyon Rhône. Nous évoquons avec lui la manière dont se sont adaptés les syndics et régies à la crise du Covid-19.


La question des loyers évoquée lors du conseil de la Métropole


David Kimelfeld a évoqué la question des loyers des entreprises, mais aussi celle des loyers d’habitation.


Un appel aux bailleurs pour annuler 3 mois de loyers pour les TPE

Sous pression de Bruno Le Maire, les principales fédérations de bailleurs et la Caisse des dépôts ont appelé leurs adhérents à annuler trois mois de loyers pour les très petites entreprises.


Les loyers pourront augmenter de 0,92%

L’indice de référence des loyers, publié de manière trimestrielle, a été communiqué ce mercredi par l’INSEE. L’amplitude de son augmentation est quasiment identique à celle du quatrième trimestre 2019.


Une « nécessité urgente de légiférer », selon la CGL

Pour la confédération générale du logement, nombre de personnes sont perdues face aux conséquences du confinement en matière de logement.


Location : la CGL veut une clarification législative face au Covid-19

La confédération a alerté sur la nécessité urgente de légiférer face à des problèmes liés par exemple aux états des lieux d’entrée.


L’UNPI appelle à «la responsabilité de tous les acteurs immobiliers»


Le président de l’union nationale des propriétaires immobiliers soutient le report de la trêve hivernale, mais invite à la responsabilité les acteurs du logement pour ne pas appeler à la cessation du paiement des loyers


La réforme des « APL en temps réel » prévue le 1er avril reportée

Du fait de l’épidémie de coronavirus – COVID-19, le Gouvernement va décaler la mise en œuvre de cette réforme.


Covid-19: l’inquiétude des professionnels de l’immobilier et de la construction

Depuis ce lundi, les agences immobilières sont, comme tous les ERP, fermées, du fait du coronavirus. Les professionnels de la construction se préparent quant à eux au confinement, et à l’arrêt des chantiers.


Les enseignements du 1er tour dans la Métropole de Lyon et la Région


Fin des tours à la Part-Dieu, encadrement des loyers dans plusieurs villes de l’agglomération, fin du projet de bouclage du périphérique : l’arrivée d’un maire écologiste à Lyon, voire d’un président de la Métropole pourrait bousculer les politiques urbaines. Inversement, en Auvergne-Rhône-Alpes, la stabilité semble de mise dans plusieurs métropoles.


L’État veut mobiliser les logements et locaux vacants


La ministre la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales et le ministre chargé de la Ville et du Logement ont, pour ce faire, lancé un plan national.


« La demande est bien trop importante par rapport à l’offre »

Nicolas Bouscasse est le président de la Chambre du Rhône de la FNAIM. Nous évoquons avec lui les chiffres de l’année 2019 en matière d’immobilier résidentiel à Lyon.


Réévaluation à la hausse de la note d’in’li

Elle devient, par cette note, la foncière européenne la mieux notée par S&P Global Ratings.


L’UNPI a présenté vendredi ses vœux pour 2020


L’Union des propriétaires immobiliers du Rhône organisait en fin de semaine dernière sa traditionnelle cérémonie de vœux.