<p>Siège de la Région Auvergne-Rhône-Alpes (SDH/LPI)</p>
La Région Auvergne-Rhône-Alpes a critiqué la réforme qui, selon elle, recentralise et fragilise les centres de formation.
La Région Auvergne-Rhône-Alpes donne de la voix sur la question de la réforme de l’apprentissage. Les Régions de France ont rencontré, le 15 janvier, le Premier ministre Edouard Philippe, dans le cadre de la préparation de la loi qui sera présentée au printemps sur la réforme de l’apprentissage. La Région met d’ores et déjà l’exécutif en garde contre les risques d’une réforme « dont le contenu met en péril l’équité entre les territoires, fragilise les territoires ruraux et compromet l’avenir de certains métiers et centres de formation ».
Pour Stéphanie Pernod Beaudon, la vice-présidente de la Région Auvergne-Rhône-Alpes déléguée à la Formation professionnelle et à l’Apprentissage, cette réforme « met en danger les centres de formation d’apprentis ancrés au cœur de nos territoires ». Jusqu’à présent gestionnaires de la politique de l’apprentissage, les Régions ont pu garantir des formations correspondant aux besoins et aux spécificités des emplois nécessaires pour le développement des entreprises de leur région. Le gouvernement semble, selon elle, avoir en partie entendu, lors des récentes rencontres avec la ministre du Travail et le ministre de l’Education, l’intérêt de conserver les Régions dans le dispositif. Mais la réforme en préparation «ne doit pas se faire au détriment des territoires et des différents métiers qui sont la clé des emplois de demain, prévient-elle.
"Vision parisienne"
« La réforme proposée par le gouvernement témoigne d’une vision parisienne erronée qui oublie les spécificités de notre pays dont la force est faite de la diversité de ses territoires et de besoins en formation spécifiques selon les bassins d’emploi », indique-t-elle.
La remise en cause du pilotage des CFA par les Régions au profit des branches professionnelles aboutirait à s’éloigner de la réalité des enjeux du terrain. En voulant confier l’apprentissage aux multiples branches professionnelles, le gouvernement multiplie les interlocuteurs et les frais de fonctionnement induits, soumet les choix au poids national des branches professionnelles pas toujours représentatives des besoins en emploi des entreprises locales et se prive de la vision de proximité acquise par l’expérience des Régions.
Selon la Région, « au détriment de l’intérêt général », la réforme vise « à privatiser le fonctionnement de l’apprentissage au profit des intérêts particuliers des branches ». Cela compromettra, pour elle, « non seulement l’avenir de centres de formation ancrés au cœur de nos territoires ruraux mais mettra en plus en péril les formations spécifiques locales, à l’image des métiers de bouche et de l’hôtellerie qui, en Auvergne-Rhône-Alpes, constituent l’écosystème et le dynamisme de notre région ».
La Région vigilante
La Région se dit vigilante du bon octroi des deniers publics de l’apprentissage en fonction des demandes des entreprises, des territoires, des besoins des apprentis et des CFA, en gèrant avec un coût de fonctionnement limité ce budget « puisqu’elle reverse non seulement la totalité des recettes issues de la taxe d’apprentissage par l’Etat mais verse en plus, en propre, près de 13 millions d’euros par an aux actions pour le développement de l’apprentissage »
Pour Stéphanie Pernod Beaudon, « jamais au cours de ces dernières années les branches professionnelles n’ont alloué des fonds libres de taxe d’apprentissage en dehors de leur propre branche. Contrairement à ce qu’affirme le gouvernement, le subventionnement par la Région des Centres de Formation pour Apprentis, ne constitue pas une «subvention d’ équilibre » destinée à pallier une mauvaise gestion des CFA, elle permet au contraire un pilotage fin de leurs ressources en fonction de leurs besoins, des besoins des territoires et des entreprises. En plus d’une chute du nombre d’apprentis visible dès le court terme, on verra à long terme se dupliquer à l’apprentissage les défauts du système de la formation professionnelle ».
